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L’hiver du désenchantement (OFFERT !)

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N°28 – Crise de la dette : une arme anti-sociale

Le visage a changé, les costumes sont les mêmes, le palais est le même et l’arnaque risque d’y être encore plus belle. La nouvelle occupation rose de la bulle élyséenne revêt de plus en plus son âme capitaliste, et ce au fur et à mesure qu’il perd son caractère providentiel.

J’en conviens, c’est être dur que de parler en ces termes, mais comment ne pas s’offusquer face aux premières actions du trust politique socialo-centriste ? Déjà la visite d’Ali Bongo – que François Hollande dénonçait pendant sa campagne comme un président élu non démocratiquement- pour parler pétrole et exploitation  redonnent au néo-colonialisme français l’entrain des belles années de papa ou de tonton dans la Françafrique. Et ceci n’est que poussière d’immoralité à côté de la subliminale communication politique du gouvernement peu Ayrault-ique sur l’austérité qui s’annonce ; le discours de politique général du premier ministre à l’assemblée  n’était en fait que de simples préliminaires pour préparer le pays à la dureté des réformes à venir. Rassembler le peuple pour mener un combat contre la dette, ainsi peut-on résumer l’essentiel du navrant torrent de manipulation politico-économique qui a occupé l’assemblée pour la triste après-midi bien peu républicaine du 3 juillet dernier. Monsieur le premier ministre, pourquoi vouloir appeler aux armes les citoyens pour lutter contre l’illusion monétaire d’une dépendance nationale si artificielle ; pensez-vous vraiment rassembler un peuple à travers une guerre contre des chiffres qui, sur des écrans d’ordinateurs, nous disent que la seule politique possible est celle du sacrifice ? Une dépendance qui n’est pas une quand on sait que la dette a toujours existé et qu’elle existera toujours ; ou quand on sait que la France a presque une dizaine de fois décidé arbitrairement d’effacer sa dette au cours de son histoire. La dette accompagnera toujours les Etats qu’importe ce qui arrive, que l’on fasse défaut, que l’on fasse la rigueur la plus extrême, ou que tout simplement, on n’y prête pas attention.

Une fois les beaux jours terminés, quand les pulls et les écharpes auront remplacé les tongues et les maillots, on peut donc s’attendre, vu la communication actuelle du parti socialiste, à tout et n’importe quoi au nom de la lutte supposée nationale contre le déficit et la dette publique. En ce qui concerne l’amour populaire, l’hiver sera froid pour les socialistes, et si rigueur il y a, nous nous dirigeons tout droit vers un hiver du mécontentement, comme au Royaume-Unis entre 1978 et 1979, sauf que celui-ci sera tout autant marqué par le sceau du désenchantement que celui de la colère.  Non seulement le peuple a mollement rallié le tout aussi mou candidat de la rose –en grande partie- pour éviter la rigueur et le nationalisme de l’ancien président ; mais en plus le contexte de confiance systémique s’épuise à petit feu dans la plus grande crise du capitalisme, un petit feu qui peut embrasser demain la révolte populaire à travers tout le pays. Un président élu pour la relance et la justice ne pourra que goûter bien rapidement à la fronde populaire s’il ose enclencher une politique d’austérité, c’est le premier point qui pourrait amener un désordre sans précédent cet hiver.

Bien sûr ils nieront continuellement leur politique d’austérité dans les discours, mais dans les fait, une politique d’austérité en est une même si on appelle cela de la « rigueur budgétaire ». Concernant les probables conflits à venir, il se créé donc aujourd’hui une façon de penser, de voir et de vivre le capitalisme bien différente des décennies précédentes, dans un sens grâce à la crise qui dure depuis 2008. En effet, à travers l’histoire du capitalisme, la confiance que lui ont accordée le peuple et les travailleurs est passée par bien des étapes, cette conscience du réel a évolué en parallèle aux évolutions du système. Cette évolution nous pouvons la représenter par une courbe (dite de Kuznets) en U inversé, ou l’espérance et la confiance systémique croissent exponentiellement jusqu’au retournement, qui précède l’effondrement.

Dans son ascension vers l’optimum, l’espérance que génère, et qui fait tenir le capitalisme, passe par plusieurs étapes, la première est économique, la seconde est sociale et la dernière politique. Economique pour l’espérance d’une augmentation globale du niveau de vie, la fin de la précarité de la société rurale soumise aux aléas de la nature. Sociale quand après l’exploitation de la classe prolétarienne les patrons ont préféré se nourrir des débouchés considérables de la société de consommation, quand logiquement les salaires ont augmenté et que l’Etat s’est fait providence pour faire vivre cette société d’abondance matérielle. Force est de constater qu’à trop vouloir s’enfermer dans un cocon matérialiste où l’on entasse des biens pour se définir, où la consommation devient un loisir, on finit par être obnubilé par le paraitre et la réussite personnelle qui permet de consommer le plus joyeusement possible. Quand l’expérience montre que l’abondance matérielle passe par l’exploitation humaine, que la société de consommation passe par l’aliénation et les destructions environnementales, quand elle montre que la réussite individuelle est en quasi-totalité déterminée par son milieu d’origine (favorisé en l’occurrence), alors toute l’espérance que suscitait le capitalisme s’effrite doucement. En cas de crise cette érosion s’accélère encore car toute l’arnaque capitaliste devient plus que visible, et que reste-t-il alors pour faire vibrer le peuple ? La réponse est évidente, un espoir dans une force politique qui prend le pouvoir pour chasser celle qui l’occupait avant et pendant la crise.

En Europe tous les gouvernements en fonction pendant la crise ont ensuite été destitués, ce ne tient pas au hasard ou à une envie de changement, mais seulement a un effondrement structurel d’une perception de la réalité du système capitaliste. En France, c’est la gauche molle qui représente aujourd’hui cet espoir car, si elle n’a de socialiste que le nom, elle représente tout de même l’alternance avec un président qui n’est plus celui du bling bling mais qui se veut populaire et normal, tout en sortant d’HEC, tout de même. Si l’austérité déchire la France cet hiver, c’est le dernier palier d’espérance du capitalisme qui sera franchi, l’ascension sera alors terminée et la courbe commencera à redescendre. La conséquence politique première sera la méfiance généralisée à l’égard du grand capital, créant de ce fait un contexte plus que révolutionnaire. Se révèlera alors au grand jour que les partis politiques dominants, capitalistes et libéraux, agissent toujours de la même façon quand ils sont au pouvoir. On assistera alors à ce qu’on appelle « la montée des extrêmes » et la FN risque fort d’en profiter, c’est ici qu’il faut être le plus habile politiquement pour contrecarrer ce parti dépassé, passéiste et faussement révolté. Si le peuple n’a plus confiance dans le système, il sera du devoir de tous les anticapitalistes de combattre aussi bien les partisans du capitalisme mondialisé, que nationaliste et autarcique comme le défendent les « idées » du FN.

Le pouvoir n’existe que par la confiance et la croyance, s’il est une espérance à avoir pour l’avenir c’est bien du côté des vrais révolutionnaires, partisans d’un autre monde qu’il faut aller la chercher, ceux qui luttent pour un monde débarrassé de la cupidité, de l’argent roi et du cannibalisme financier. Si l’histoire est avec nous, il reste pourtant tout à faire, tout à penser, tout à organiser. Un faux pas de l’Elysée, et cet hiver peut être que tout commencera enfin. Si nous pouvons être à la hauteur de nos espérances et de nos idées, n’ayez aucune crainte pour le futur et n’attendez l’avenir que dans l’impatience des lendemains que nous ferons chanter.

Par Alan Ar Cloarec

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