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Éthylotests : Le scandale ! (OFFERT !)

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Article OFFERT issu du
N°27 – Grèce, appelez les urgences

Après le gilet jaune et le triangle rouge, la présence de deux éthylostests dans chaque véhicule est devenue obligatoire le 1 er juillet 2012. Objectif officiel, lutter contre l’alcolisme au volant pour réduire les accidents. En creusant, on s’apperçoit non seulement que la mesure pourrait être inefficace mais plus grave encore, qu’elle serait directement l’oeuvre des lobbies qui s’approprient ainsi un marché juteux de plusieurs dizaines de millions de consommateurs.

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Le gouvernement UMP était à la recherche de nouvelles mesures pour réduire le nombre d’accidents sur les routes, ce sont les lobbies qui leur ont pondu. Depuis le 1 er juillet, tout véhicule terrestre à moteur de plus de 50 cm3 doit être équipé d’un éthylotest non périmé, non utilisé et conforme à la norme française (NF), entendez par là que tout véhicule doit en posséder deux, à moins que vous décidiez de ne jamais en faire usage. Leur absence ne sera toutefois sanctionnée qu’à partir du 1er novembre 2012, les conducteurs qui n’en seraient pas équipé recevraient alors une amande d’un montant de 11€. Les consommateurs ont ainsi le choix entre deux types d’éthylotests; l’éthylotest chimique à utilisation unique dont le coût vari entre 1 et 3 euros et l’éthylotest éléctronique dont le prix atteint plus de 100€.

Une mesure inefficace ?

On peut noter deux éléments qui permettent de douter de l’efficacité de cette mesure. Le premier étant qu’une personne en état d’ébriété n’aurait probablement pas le réflex de se tester ou pourrait tout simplement refuser de le faire puisque rien ne l’empêcherait de démarrer son véhicule.
Deuxième élément, les deux types d’éthylotests présentés précédemment ne se conservent qu’à une température comprise entre -10°c et +40°c. En cas de dépassement de ces limites, les éthylotests pourraient bien ne plus fonctionner. Or, dans l’habitacle d’un véhicule, il n’est pas rare en été que les 40°c soient dépassés, de même en hiver lorsque les températures plongent au petit matin. La seule solution serait alors de ne jamais laisser trainer son éthylotest au sein du véhicule.. plutôt contraignant.
Le 1 er juillet 2012, un sondage internet du Parisien auquel 12 000 personnes ont participé indiquait que 90,8% des votants trouvaient la mesure inutile.

Les lobbies à la manoeuvre

Le plus grave dans cette mesure, ce n’est pas son inefficacité mais bien son origine. Quels en sont les acteurs ? La réponse est très courte; ce sont les constructeurs et vendeurs d’éthylotests eux même.. En juillet 2011 était créée l’association « I-Tests » (Association Nationale pour la Promotion du Dépistage d’Alcoolémie et des Drogues), laquelle est une «association lobbyiste à but non lucratif agissant en faveur du développement des systèmes et dépistages d’alcool et des drogues pour tous, à toutes heures et en tous lieux.» Oui vous avez bien lu, une association lobbyste à but non lucratif, c’est inscrit mot pour mot dans les statuts de l’association. Quelques mois plus tard, Claude Guéant validait un décret. Un lobby étant par définition une structure organisée pour représenter et défendre les intérêts d’un groupe donné. Il s’agit ici de défendre les intérêts des constructeurs et vendeurs d’éthylotests soit élargir leur marché et augmenter leurs bénéfices, très loin donc d’une activité non lucrative. Les objectifs de l’association sont de «constituer une force de proposition, pour convaincre de la pertinence des moyens existants mais insuffisamment déployés et des progrès qu’il reste à accomplir eu égard aux risques routiers et addictions en constante évolution.» [...] «Les adhérents sont tous issus du milieu industriel de la recherche, de la production et de la distribution des systèmes de dépistages et de mesurage ayant un point de convergence avec l’activité de l’association.» peut on encore lire dans les statuts. Les moyens dont-on parle sont bien évidemment les éthylotests, chaque entrepreneur tentant de défendre ses intérêts et donc le type d’éthylotest construit par son entreprise.

Des entrepreneurs à l’origine du projet

La liste des membres est assez surprenante, le président de l’association est ainsi Daniel Orgeval, chargé de mission au sein de l’entreprise Française Contralco qui produit et vend des éthylotests. Son 1er Vice-
Président est Stéphane Vialettes, producteur d’éthylomètres homologués et d’éthylotests normés et certifiés, à Alcolock France. Le Vice- Président est Bertrand Jermann, Chef d’entreprise française à Ethylo, fabriquant d’éthylotests électroniques. Enfin le trésorier de l’association est Deprez Patrick,  chef d’entreprise française à Objectif Prévention, fabriquant elle aussi des éthylotests électroniques. La totalité des membres du bureau d’I-Tests sont fabricants ou vendeurs d’éthylotests.

Un marché très juteux pour une poignée d’entreprises, jackpot pour Contralco !

Seules deux sociétés vont se partager le marché très juteux des éthylotests chimiques, Contralco (90% du marché français) et son concurrent sud-africain Red Line. Ce sont les seules à détenir la norme française. Surprise, les deux PDG de Contralco et l’un de ses chargé de mission sont donc membres du bureau d’I-Tests. Daniel Orgeval, le chargé de mission en est même président et serait membre du comité de certification de la norme française (information que nous n’avons pas pu vérifier). Contralco est une PME française basée à Gignac dans l’Hérault et créée en 1982, elle est fournisseur officiel de la police et de la gendarmerie mais aussi partenaire du ministère de la santé. Ce n’est pas moins que le leader Européen en matière d’éthylotest chimique. Depuis 1982, Contralco a vendu plus de 200 millions d’éthylotests. Avec le nouveau décret, ce sont 36 millions d’automobilistes et 1 à 2 cyclomoteurs qu’elle devrait pouvoir toucher. Elle pourrait vendre autant d’éthylotests en 2 ans que durant les 20 dernières années, imaginez-vous le jackpot ! L’entreprise a d’ailleurs déjà accéléré sa croissance pour faire face à l’explosion de la demande en passant de 61 à 112 employés. Daniel Orgeval indiquait au Figaro que l’entreprise comptait encore en embaucher 90. Davantages d’entreprises possèdent la Norme Française pour l’éthylotest électronique mais rare seront les personnes à vouloir débourser 100€ pour un appareil qu’elles n’utiliseront que très rarement. En voici la liste : Alcohol Countermeasure Systems; Drager Safety; Ethylo; Intoximeters; Lion Laboratories Limited; Objectif prevention; Pelimex.
C’est le 1 er septembre 2011, lors d’une table ronde de la Mission d’information relative à l’analyse des causes des accidents de la circulation et à la prévention routière à l’Assemblée Nationale et où I-Tests ainsi que de nombreux fabricants étaient présents qu’à été abordée la proposition. Daniel Orgeval indiquait alors que les membres d’ITests réclamaient «l’application, par un décret en Conseil d’État, de la disposition de l’article L. 234-14 du code de la route prévoyant que tout automobiliste justifie de la possession d’un éthylotest. Dans une enquête menée par RTL, 70 % des votants se sont prononcés pour cette mesure. En matière de prévention du risque alcool, notre principe est que, si l’on trouve de l’alcool à toute heure et en tout lieu, on doit trouver des éthylotests à toute heure et en tout lieu.» En réalité, l’enquête de RTL indiquait 70% de votants contre la mesure. Les conclusions de la table ronde devaient être remises au ministre de l’intérieur au plus tard à la mi-octobre. Il semble que la décision de valider le décrêt n’est pas mis plus de 4 mois après la création d’I-Test puisque le 4 octobre 2011, M. Robert Lecou, député UMP demandait en scéance à l’Assemblée Nationale «s’il s’envisage très prochainement l’entrée en vigueur de l’obligation de détention par tout conducteur d’un éthylotest mentionnée à l’article L. 234-14 du code de la route.» En réponse, le ministre lui répondait favorablement que «Le décret n° 2012-284 du 28 février 2012 rend obligatoire, à compter du 1er juillet 2012, la possession par tout conducteur d’un véhicule terrestre à moteur, d’un éthylotest, non usagé, disponible immédiatement. La non possession de cet éthylotest ne sera sanctionnée qu’à compter du 1er novembre 2012 (contravention de lère classe). Ce dispositif voulu par le Président de la République s’inscrit dans la lutte contre l’insécurité routière que mènent les pouvoirs publics depuis 2002 et qui a permis de sauver plus de 32 000 vies et d’épargner plus de 500 000 blessés.»

La seule mesure qui pourrait réellement être efficace pour lutter contre l’alcolisme au volant, c’est bien l’intégration par les constructeur de l’éthylotest anti-démarrage sur tous les véhicules. Vous l’aurez compris, le décret sur l’éthylotest obligatoire est un scandale qui pourrait cacher de graves conflits d’intérêts entre les industriels vendreurs d’éthylotests et l’ex-gouvernement UMP, notamment Claude Guéant. Gageons que nous saurons refuser l’illégitime coup de force des lobbies.

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