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Enfermée en camp de travail forcé, une Pussy Riot raconte la terreur et son quotidien d’esclave

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Nadejda Tolokonnikova, l’une des trois Pussy Riot qui avaient été condamnées en 2012 à deux ans de travaux forcés est entrée en grève de la faim après avoir dénoncé son quotidien d’esclave dans le camp de travail dans lequel elle est internée.

Vous souvenez-vous des Pussy Riot ? Traduit littéralement par « émeute de chattes », ce groupe de punk-rock féministe russe avait fait la une des journaux en 2012 après avoir été arrêté à la suite d’une exhibition jugée profanatoire dans une église orthodoxe. Le collectif organisait des représentations sans autorisation à Moscou pour promouvoir le droit des femmes. Le 17 août 2012, trois des 7 membres ont été condamnées à deux ans d’emprisonnement en camp de travail pour « vandalisme » et « incitation à la haine religieuse ».

Un an après son enfermement dans un camp de travail de la Mordovie (600 km à l’est de Moscou), l’une d’entre elles a décidé d’entrer en grève de la faim. À 23 ans, Nadejda Tolokonikova, ancienne étudiante en philosophie et activiste politique se dit menacée de mort par le directeur adjoint du camp, Iouri Kouprionov, depuis qu’elle s’est plainte des conditions de détention et de travail le 30 août dernier. Elle a envoyé une lettre ouverte au journal Guardian pour expliquer sa décision. Entre torture et hygiène rudimentaire, elle lance un appel de détresse pour toutes les prisonnières incarcérées.

Voici son récit. Vous pouvez la soutenir en signant la pétition de soutien.

“Je commence le lundi 23 septembre une grève de la faim. C’est une pratique extrême mais je suis convaincue que c’est la seule solution qui s’offre à moi pour sortir de ma situation actuelle.

L’administration pénitentiaire refuse de m’écouter. Mais, en échange, je refuse de me plier à leurs exigences. Je ne resterai pas silencieuse, à regarder mes camarades prisonniers s’effondrer à cause de la fatigue engendrée par les conditions proches de l’esclavage que nous subissons. J’exige que l’administration pénitentiaire respecte les droits humains, j’exige que le camp de Mordovie fonctionne dans le respect de la loi. J’exige que nous soyons traités comme des êtres humaines et non comme des esclaves.

Cela fait un an que je suis arrivée à la colonie pénitentiaire n°14 dans le village de Parts, en Mordovie. J’ai commencé à entendre parler des colonies pénitentiaires de Mordovie alors que j’étais toujours détenue au Centre n°6 avant mon procès, à Moscou, avec les prisonniers qui disaient tout le temps: “Ceux qui n’ont jamais été emprisonnés en Mordovie n’ont jamais été emprisonnés du tout”. Ils ont les niveaux de sécurité les plus élevés, les journées de travail les plus longues et les violations de droit les plus flagrantes. Quand ils vous envoient en Mordovie, c’est comme s’ils vous envoyaient à l’échafaud. Jusqu’au dernier moment, ils continuent d’espérer: “Peut-être qu’ils ne vous enverront pas en Mordovie après tout ? Peut-être que ça va se calmer ?” Rien ne se calme, et à l’automne 2012 je suis arrivée au camp, sur les bords de la rivière Partsa.

J’ai été accueillie par ces mots du chef de la colonie pénitentiaire le Lieutenant-colonel Kupriyanov, qui est l’administrateur en chef de facto de notre colonie: “Concernant la politique, vous devez savoir que je suis staliniste”. Le Colonel Kulagin, l’autre chef de l’administration – la colonie est dirigée en tandem – m’a convoquée le premier jour avec pour objectif de me forcer à confesser ma culpabilité. “Un malheur vous est arrivé, n’est-ce pas ? Vous avez été condamnée à deux ans dans la colonie. Les gens changent d’avis normalement lorsque de mauvaises choses leur arrivent. Si vous voulez être en liberté conditionnelle dès que possible, vous devez avouer votre culpabilité. Si vous ne le faites pas, vous ne serez pas relâchée en liberté conditionnelle”. Je lui ai dit directement que je ne travaillerais que les huit heures imposées par le code du travail. “Le code est une chose – ce qui importe réellement est de remplir votre quota. Si vous ne le faites pas, vous faites des heures supplémentaires. Vous devez savoir que nous avons brisé des volontés plus fortes que la vôtre”, m’a répondu Kulagin.

Mon unité de couture travaille de 16 à 17 heures par jour. De 7h30 à 00h30. Nous avons au mieux quatre heures de sommeil par nuit. Nous avons une journée de repos tous les mois et demi. Nous travaillons presque tous les dimanches. Des prisonniers font tourner des pétitions qui proposent de travailler les week-ends “selon nos envies”. En vérité, il n’y a, bien sûr, aucune “envie”. Ces pétitions sont écrites sur ordre de l’administration et sous la pression des prisonniers qui aident à appliquer les directives.

Personne n’ose désobéir à ces ordres et ne pas remettre de telles pétitions concernant le travail du dimanche, ce qui signifie travailler jusqu’à 1h du matin. Une fois, une femme de 50 ans a demandé à retourner à la zone résidentielle à 20h au lieu de 00h30 afin qu’elle puisse se coucher à 22h et dormir huit heures une fois par semaine. Elle se sentait malade, elle avait des problèmes de tension artérielle. En guise de réponse, ils ont organisé une réunion d’unité où ils l’ont mise à terre, insultée, humiliée et traitée de parasite. “Tu penses que tu es la seule à vouloir dormir plus ? Tu dois travailler plus, grosse vache !” Lorsque quelqu’un a un certificat médical pour ne pas venir travailler, il est aussi brutalisé. “J’ai travaillé quand j’avais 40° de fièvre et ça a été. Tu crois quoi ? Qui va combler le manque pour toi?”

J’ai été accueillie dans mon unité résidentielle par les mots d’une prisonnière qui finissait sa peine de neuf ans : “Les porcs ont peur de te toucher eux-mêmes. Ils veulent le faire avec les mains des prisonniers.” Dans la colonie, les détenus en charge des brigades ainsi que les membres seniors sont ceux qui privent les autres prisonniers de leurs droits, qui les terrorisent et les transforment en esclaves sans droit de parole – sur ordre de l’administration.

Pour maintenir la discipline et l’obéissance, il y a un système largement implanté de punitions non-officielles. Les détenus sont forcés à “rester dans le lokalka (un passage clôturé entre deux zones du camp) jusqu’à l’extinction des feux (le prisonnier a interdiction de se rendre dans les baraquements – que l’on soit en automne ou en hiver. Dans la seconde brigade, réunissant les personnes âgées et handicapées, il y avait une femme qui a eu les doigts et le pied amputés car ils avaient gelé lors d’une journée passée dans le lokalka). Ils peuvent “perdre leurs privilèges hygiéniques” (le prisonnier a l’interdiction de se laver ou d’aller aux toilettes), “perdre leurs privilèges de cantine et de salon de thé” (le prisonnier est interdit de manger ou de boire). C’est à la fois drôle et effrayant quand une femme de 40 ans vous dit: “On dirait que l’on est puni aujourd’hui! Je me demande si on va être puni demain aussi.” Elle ne peut pas quitter l’atelier de couture pour aller aux WC ou prendre une douceur dans son sac. C’est interdit.

Rêvant seulement de dormir et de boire une gorgée de thé, le prisonnier exténué et sale devient du mastic dans les mains de l’administration, qui nous voit seulement comme de la main d’œuvre gratuite. En juin 2013, mon salaire était de 29 (29 !) roubles [0,67 euros] par mois. Notre brigade coud 150 uniformes de police par jour. Où va l’argent qu’ils récoltent avec ?

Le camp a reçu plusieurs fois des fonds pour acheter de nouveaux équipements. Cependant, l’administration a seulement fait repeindre les machines à coudre par les travailleurs. Nous cousons avec des machines très fatiguées. Selon le code du travail, lorsque l’équipement ne correspond pas aux standards en vigueur dans l’industrie, les quotas doivent être abaissés en fonction des accords commerciaux habituels. Mais les quotas ne font que grimper. “Si vous les laissez voir que vous pouvez produire 100 uniformes, ils relèveront le minimum à 120 !” m’a dit un vétéran des machines. Et vous ne pouvez pas ne pas remplir vos quotas sinon toute votre unité sera punie. La punition pourra être, par exemple, de rester debout dans la cour pendant des heures. Sans autorisation d’aller aux toilettes. Sans avoir le droit de boire de l’eau.

Il y a deux semaines, les quotas ont été arbitrairement relevés pour toutes les brigades de 50 unités. Si le minimum était avant de 100 uniformes par jour, il est désormais de 150. Selon le code du travail, les ouvriers doivent être informés d’un changement dans les quotas de production au minimum deux mois avant qu’il rentre en vigueur. Au PC-14, nous nous sommes réveillés un matin pour découvrir que nous avions de nouveaux quotas, car l’idée avait simplement surgi dans la tête des administrateurs de notre atelier d’exploitation (c’est comme ça que les prisonniers appellent la colonie). Le nombre de personnes dans la brigade diminue (ils sont libérés ou transférés) mais les quotas augmentent. En conséquence, ceux qui restent doivent travailler de plus en plus dur. Les mécaniciens disent qu’ils n’ont pas les pièces nécessaires pour réparer les machines et qu’ils ne les recevront pas. “Il n’y a pas les pièces ! Quand arriveront-elles ? Vous rigolez ? C’est la Russie. Pourquoi poser cette question ?” Durant mes premiers mois dans la zone de travail, je suis pratiquement devenue mécanicienne. J’ai appris par nécessité. Je me lançais sur ma machine, tournevis en main, désespérée de la réparer. Vos mains sont pleines de marques de piqûres et couvertes d’éraflures, votre sang est partout sur le plan de travail, mais vous devez continuer à coudre. Vous faites partie d’une équipe et vous devez accomplir votre travail tout comme les couturières expérimentées. Pendant ce temps, la machine continue de tomber en panne. Parce que vous êtes nouvelle et qu’il y a un manque, vous vous retrouvez avec le pire équipement – le plus faible moteur de la rangée. Et il tombe en panne encore et encore, vous courrez voir le mécanicien, qui est impossible à trouver. Ils vous crient dessus, ils vous réprimandent pour avoir ralenti la production. Il n’y a pas de cours de couture à la colonie non plus. Les Nouveaux sont assis devant leurs machines où on leur donne leurs tâches.

“Si tu n’étais pas Tolokonnikova, tu aurais été battue depuis longtemps”, m’a dit une prisonnière proche de l’administration. C’est vrai : les autres sont battus. Parce qu’ils ne peuvent pas garder la cadence. Ils les frappent dans les reins, au visage. Les prisonniers eux-mêmes donnent les coups et pas un seul ne doit s’arrêter sans l’accord de l’administration. Il y a un an, avant que j’arrive, une femme gitane de l’unité trois a été battue à mort (la troisième unité est celle où ils mettent les prisonniers qui sont battus tous les jours). Elle est morte dans l’unité médicale du PC-14. L’administration a pu couvrir sa mort : la cause officielle de son décès est une crise cardiaque. Dans une autre unité, de nouvelles couturières qui n’arrivaient pas à suivre le rythme ont été déshabillées et forcées à coudre nues. Personne n’ose se plaindre à l’administration parce qu’ils se contenteront de sourire et de renvoyer les prisonniers dans leurs unités où le “mouchard” sera battu sur ordre de la même administration. Pour l’administration de la colonie, le bizutage contrôlé est une méthode pratique pour forcer les prisonniers à la soumission totale.

Une atmosphère angoisse et menaçante se répand dans toute la zone de travail. Privés de sommeil, écrasés par la course infinie pour remplir les quotas inhumains, les détenus sont toujours sur le point de craquer, de se crier dessus, de se battre pour la moindre chose. Encore récemment, une jeune fille a reçu un coup de ciseaux à la tête parce qu’elle n’avait pas rendu un pantalon à temps. Une autre a essayé de s’ouvrir l’estomac avec une scie à métaux. Ils l’ont arrêtée.

Celles qui se sont retrouvées au PC-14 en 2010, l’année du feu et de la fumée, ont raconté qu’alors que les feux de forêt se rapprochaient des murs de la colonie, les prisonniers ont continué à se rendre dans leur zone de travail pour remplir leurs quotas. A cause de la fumée, elles ne pouvaient pas voir à deux mètres devant vous mais elles ont mis des mouchoirs mouillés sur leurs visages et sont allées travailler malgré tout. A cause des conditions d’urgence, les prisonniers n’ont pas été à la cafétéria. Plusieurs femmes m’ont dit qu’elles étaient si affamées qu’elles ont commencé à écrire pour raconter l’horreur qu’elle vivait. Quand le feu a été éteint, la sécurité du camp a minutieusement brûlé les journaux intimes afin qu’aucun ne sorte à l’extérieur.

Les conditions d’hygiène et de vie dans le camp sont calculées afin que les prisonniers se sentent comme des animaux dégoûtants. Bien qu’il y ait des espaces dédiés à l’hygiène dans les dortoirs, il y a aussi une “pièce d’hygiène générale” dédiée à la correction et à la punition. Cette pièce peut contenir cinq personnes, mais les 800 prisonnières de la colonie sont envoyées là-bas pour se laver. Nous ne pouvons pas nous laver dans les salles de bain de nos baraquements – ça serait trop facile. Nous sommes autorisées à laver nos cheveux une fois par semaine. Cependant, même ce jour-là peut être annulé. Une pompe cassera ou la tuyauterie sera coupée. A un moment, mon unité n’a pas pu se laver pendant deux voire trois semaines.

Comme punition, ils peuvent aussi donner aux prisonniers du pain rassis, du lait tourné, du millet oxydé et des patates pourries. Cet été, ils ont apporté des sacs de petites patates noires en vrac qu’ils nous ont données en guise de nourriture.

Les violations des conditions de travail et de vie au PC-14 sont infinies. Cependant, mon grief le plus important est plus grand que tous ceux là. C’est que l’administration de la colonie empêche toute plainte ou réclamation concernant les conditions au PC-14 de franchir les murs de la colonie par tous les moyens possibles. L’administration force les gens à rester silencieux et n’hésite pas à employer les moyens le plus bas et et les plus cruels pour y parvenir. Tous les autres problèmes découlent de celui-ci – les quotas augmentés, les journées de travail de 16 heures, etc. L’administration se sent intouchable et oppresse les prisonniers avec une sévérité croissante. Je ne pouvais pas comprendre pourquoi tout le monde restait silencieux jusqu’à ce que je me heurte à l’avalanche d’obstacles qui déferle sur les prisonniers qui décident de parler. Les plaintes ne quittent pas la prison. La seule issue est de se plaindre au travers d’un avocat ou de proches. L’administration, mesquine et vindicative, utilisera tous ses mécanismes pour mettre la pression sur les prisonniers afin de leur montrer que les plaintes n’aident personne et ne font qu’empirer les choses. Ils utilisent des punitions collectives : vous vous plaignez qu’il n’y a pas d’eau chaud et ils coupent l’eau complètement.

En mai 2013, mon avocat Dmitry Dinze a déposé une plainte concernant les conditions au PC-14 au bureau du procureur. Le directeur de la colonie, le lieutenant-colonel Kupriyanov, a immédiatement rendu les conditions au camp insupportables. Il y a eu une vague de rapports sur mes connaissances, la saisie de mes vêtements chauds, et la menace de saisie de mes chaussures chaudes. Au travail, ils se sont vengés en donnant des tâches plus compliquées, en augmentant les quotas, en provoquant des pannes. Les leaders de l’unité à côté de la mienne – les bras droits du lieutenant-colonel Kupriyanov – ont demandé aux prisonniers d’interférer avec mon rendement afin que je puisse être envoyée en cellule de punition pour “dommages sur la propriété du gouvernement”. Ils ont également ordonné aux prisonniers de déclencher une bagarre avec moi.

On peut tout tolérer dans la mesure où cela n’affecte que nous. Mais la méthode de la punition collective est plus puissante puisqu’elle implique que votre unité ou toute la colonie endure votre punition en même temps que vous. Ce qui inclut des personnes auxquelles vous tenez. Une de mes amies s’est vue refuser la liberté conditionnelle, qu’elle attendait depuis sept ans, travaillant dur afin de dépasser ses quotas de travail. Elle a été réprimandée pour avoir bu du thé avec moi. Ce jour-là, le Lieutenant-coloniel Kupriyanov l’a transférée dans une autre unité. Une autre de mes proches connaissances, une femme très bien éduquée, a été jetée dans l’”unité de stress” afin d’être battue tous les jours car elle lisait et parlait d’un document du ministère de la Justice avec moi. Ils rédigent des rapports sur tous ceux qui me parlent. Ça me blesse que des gens auxquels je tiens soient obligés de souffrir. En arborant un large sourire, le lieutenant-colonel Kupriyanov m’a dit : “Tu n’as probablement plus un ami !” Il m’a expliqué que tout cela arrivait à cause de la plainte de Dinze.

Maintenant, je comprends que j’aurais dû entamer une grève de la faim en mai quand je me suis trouvée pour la première fois dans cette situation. Cependant, la pression énorme que l’administration a mise sur mes camarades prisonnières à cause de mes actions m’a conduite à arrêter de déposer des plaintes au sujet des conditions de la colonie.

Il y a trois semaines, le 30 août, j’ai demandé au lieutenant-colonel Kupriyanov d’accorder huit heures de sommeil à ma brigade de travail. Nous étions en train de parler de baisser le nombre d’heures de travail journalier de seize à douze. “Très bien, à partir de lundi, la brigade ne travaillera que par tranche de huit heures” m’a-t-il dit. Je savais que c’était un nouveau piège car c’est physiquement impossible de remplir les quotas plus élevés en huit heures. Donc, la brigade n’aura pas le temps et subira une punition. “Si quelqu’un découvre que tu es derrière ça, tu ne te plaindras plus jamais”, a poursuivi le lieutenant-colonel, “après tout, il n’y a pas de raisons de se plaindre dans l’au-delà.” Il s’est arrêté. “Et pour finir, ne demande jamais des choses pour d’autres gens. Demande seulement pour toi. Je travaille dans les camps depuis plusieurs années et tout ceux qui sont venus me voir pour demander des choses pour d’autres gens sont directement passés de mon bureau à la cellule de punition. Tu es la première personne à qui ça n’arrive pas”.

Les semaines qui ont suivi, la vie dans mon unité de travail est devenue impossible. Les détenus liés à l’administration ont commencé à pousser les autres à obtenir vengeance. “Vous êtes interdits d’avoir du thé et de la nourriture, d’aller à la salle de bain et de fumer pendant une semaine. Maintenant vous serez tout le temps punis à moins que vous changiez d’attitude avec les nouveaux et surtout avec Tolokonnikova. Traitez-les comme les anciens avaient l’habitude de vous traiter. Vous étiez battus ? Bien sûr que vous l’étiez. Ils vous ont arraché les lèvres ? Bien sûr. Qu’ils aillent se faire foutre. Vous ne serez pas punis”.

Ils essayent encore et encore de me pousser à me battre avec eux, mais quel est le but de se battre avec des gens qui ne sont pas maîtres d’eux-mêmes, qui agissent seulement selon les ordres de l’administration?

Les prisonniers de Mordovie ont peur de leurs propres ombres. Ils sont complètement terrifiés. Hier, ils étaient ouverts vis-à-vis de moi, me suppliant de faire quelque chose à propos des journées de 16 heures, mais après que l’administration ait commencé à m’attaquer, ils ont eu peur de même me parler.

Je me suis tournée vers l’administration avec une proposition pour gérer le conflit. J’ai demandé à ce qu’ils me libèrent de la pression pensée par eux et exercée par les prisonniers qu’ils contrôlent; qu’ils abolissent le travail d’esclave à la colonie en abaissant le nombre d’heures de travail et les quotas afin d’entrer en règle avec la loi. La pression n’a fait que croître. De fait, à compter du 23 septembre, j’entame une grève de la faim et je refuse de participer au travail d’esclave de la colonie. Je le ferai jusqu’à ce que l’administration commence à se conformer à la loi et arrête de traiter les femmes incarcérées comme du bétail éjecté du domaine de la justice dans le but d’alimenter la production de l’industrie de la couture, jusqu’à ce qu’ils nous traitent comme des humains. »