Accueil POLITIQUE Elus : une vocation ? un sacerdoce ? ….

Elus : une vocation ? un sacerdoce ? ….

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Lors des deux dernières élections municipales et européennes, les élus socialistes ont commis des commentaires très divers sur les conclusions à tirer du message des urnes et de l’abstention. Cela en dit long sur la vision qu’ils peuvent avoir de l’idéologie politique et sociale d’un parti qui comporte dans son intitulé le mot « socialiste » et dans son idéologie le vocable « socialisme ».
Au fil de leurs interventions dans les multiples médias,  dans lesquels ils partagent volontiers leur analyse, se sont étalés leurs états d’âme, leurs colères, leurs craintes, et même leurs révoltes.

Mais avant d’aller plus loin, petite piqûre de rappel étymologique… Socialisme … :

Pour le Larousse : « Théorie visant à transformer l’organisation sociale dans un but de justice entre les hommes au plan du travail, de la rétribution, de l’éducation, du logement, et de la santé. Formation économique et sociale telle qu’elle existe dans les États dirigés par des gouvernements qui se réfèrent au marxisme-léninisme et caractérisée par la suppression de l’essentiel de la propriété privée des moyens de production et d’échange. »

Pour widipédia : « le socialisme peut être défini comme une tendance politique, historiquement marquée à gauche, dont le principe de base est l’aspiration à un monde meilleur, fondé sur une organisation sociale harmonieuse et sur la lutte contre les injustices. il désigne un ensemble de revendications et d’idées visant à améliorer le sort des ouvriers, et plus largement de la population, via le remplacement du capitalisme par une société supposée plus juste ».

Bref, il semblerait que ce mouvement politique ne soit pas, génétiquement parlant, un fils spirituel du capitalisme moderne s’exprimant par le biais du libéralisme à outrance, sous le règne incontesté de la finance dérégulée et du dieu « profit », permettant des échelles de salaires explosant la vitesse de la lumière….

Remis face à leurs responsabilités après l’échec électoral de leur parti, les membres dirigeants, qu’ils soient maires, députés, sénateurs, ministres ou dans l’exécutif, ont bien tous tiré les leçons de cet appel au secours des Français s’exprimant sur leur devenir, leur pouvoir d’achat, et la vision à long terme de la politique du pays où ils vivent.

Florilège de citations :

Manuel Valls :
- Il (Hollande) faut qu’il se représidentialise, qu’il perde quelques kilos et arrête de déconner avec les nanas.
- il doit faire une réforme territoriale démocratique plus large englobant la mise en place d’une dose de proportionnelle pour être en position favorable en 2017.

Jean Christophe Cambadelirs :
- La situation politique est dangereuse. Le taux d’abstention, la crise de l’UMP, plus les résultats de la gauche montrent que tout est possible, y compris une victoire de Marine Le Pen en 2017.
- La politique menée par Manuel Valls est une politique de gauche.
- N’exagérez pas ! Il faut aller au-delà du constat. Qu’est-ce que l’on propose aujourd’hui ? Que le président de la République démissionne ? On veut Marine Le Pen au pouvoir ? C’est ça qu’on veut ?

Aurélie Philipetti :
-  C’est à cause de France télévision qui a très mal organisé les débats sur les Européennes.

Un cadre socialiste :
- Les municipales ont provoqué une perte d’influence considérable. Localement, les élus animent une toile d’araignée de micro-réseaux, utile pour mobiliser et convaincre lors des campagnes électorales. Ce sont ces réseaux qui ont fait gagner François Hollande à la présidentielle.

Frédéric Sawicki :
- Les élus battus ont des raisons de penser que c’est la politique du gouvernement qui les a fait perdre. Ils pourraient être beaucoup moins disciplinés à l’avenir.

Jérôme Guedj :
- Maintenant c’est assez clair pour tout le monde ? Un 21 avril 2017 est plus que probable si l’on s’entête dans la même politique

Le président socialiste du Sénat, Jean-Pierre Bel :
- Un véritable traumatisme. Je perdrai mon poste en septembre, quand le PS perdra la majorité à la Haute Assemblée.

Claude Bartolone :
- Si l’on en reste à l’examen des résultats des élections européennes, le ticket de qualification pour le deuxième tour de l’élection présidentielle de 2017 est à 22%.
- S’il y avait réellement une envie d’une autre politique de gauche, aux européennes comme aux municipales, il y avait de la facilité pour un électeur de le faire. Pour autant, les écologistes et la gauche de la gauche n’ont pas profité de nos déboires.

Eduardo Rihan Cypel, ancien porte-parole du Parti socialiste:
- François Hollande est désormais ouvertement un problème pour des socialistes qui redoutent un nouveau 21 avril en 2017.

l’Appel des 100 :
- Il faut reconquérir la confiance et l’adhésion des Français après la victoire historique du FN. Et la défaite cuisante du PS
- La baisse des prélèvements obligatoires est déjà prévue dans la trajectoire financière triennale (- 6 % en 2017). Il faudra donc nécessairement l’accentuer pour amadouer Les députés socialistes, extrêmement remontés contre François Hollande. Chacun pense à sa circonscription, menacée par l’impopularité du président.

Laurent Baumel :
- Jospin avait eu des résultats en matière d’emploi, dit-il, mais cela ne l’a pas empêché d’être éliminé au premier tour. La crainte d’être éliminé dès le premier tour en 2017 hante désormais le PS.

Olivier Faure :
- S’il (Hollande) obtient les résultats attendus, les candidats éventuels se rangeront derrière lui. Mais s’il échoue, il ne sera pas candidat. Il l’a dit avec franchise et sincérité

Thierry Mandon,  porte-parole du groupe PS
- Le premier ministre a intégré la mutation profonde du Parlement vis-à-vis de l’exécutif dans le cadre du non-cumul des mandats. Un non-cumul imposé aux nombreux députés PS battus aux municipales, et traumatisés à l’idée d’un nouvel échec aux européennes. Un non-cumul qui les rendra plus vigilants encore dans leur fonction de députés.

Malek Boutih :
- On a parlé de ‘jugement à la Salomon’, mais (François Hollande) n’est pas un roi. (..). Il y a le feu à la démocratie. Cela nous envoie vers une catastrophe politique parce qu’on a dans quelques mois des élections municipales et je sens chez les élus une grande colère monter. On est en train d’envoyer une génération d’élus socialistes, des maires, qui ont fait du bon boulot, à la boucherie électorale.

Marie-Noëlle Lienemann, sénatrice PS de Paris :
- Ni le choix de Manuel Valls, ni le choix de la politique qu’il nous propose n’est de nature à remobiliser les couches populaires, l’électorat de gauche et le peuple en général ».

Des élus socialistes en colère :

Depuis une année, de plus en plus souvent, et avec une violence qui croît dans l’expression, les élus socialistes, qu’ils soient députés, maires , sénateurs ou ex-ministres,  portent des attaques sur la politique économique et sociale du gouvernement.
Il faut dire que lors de la campagne électorale, le candidat Hollande avait un discours socialiste.

Banque publique pour faciliter l’investissement des PME, renégociation des traités Européens pour une Europe plus sociale, séparation des activités des banques entre dépôts et prêts pour l’économie réelle détachée de la partie spéculative, augmention des impôts des grandes fortunes, lutte contre la précarité, création de plus de logements sociaux,… et surtout lutte contre la finance, son « ennemi » annoncé.

Force est de constater que si aucune de ces promesses n’a vu le jour, au contraire, le socialiste Hollande s’est muté en un fervent pratiquant du libéralisme à la Sarkozy. Et cela au grand dam du peuple Français qui a par deux fois exprimé son rejet et sa colère, lors des deux dernières élections municipales et Européennes.
Et donc aussi au grand dam des élus et militants socialistes qui se sentent trahis par les choix politiques des deux gouvernements successifs dirigés par Hollande.

Ce qui semble pertinent serait d’analyser les raisons de la colère de ces élus ainsi que les propositions qui ne devraient pas manquer de fuser afin de redresser la barre et revenir vers une politique plus conforme à l’idéologie que porte le parti.

En colère, mais pourquoi ?

Et c’est ici qu’on se plonge dans la lecture du florilège des commentaires cités plus haut.

Les parlementaire et les maires, le plus souvent, à partir d’un bilan des choix politiques du gouvernement, en tirent des conclusions majoritairement en termes électoraux…

En effet, le choix électoral populaire a vidé bien des fauteuils des mairies des élus socialistes, pour les remplacer en bonne partie par des élus d’autres couleurs politiques. Et le problème est que par, répercussion, ils perdent aussi des fauteuils aux conseils généraux, aux communautés de communes, aux conseils régionaux, et aux communautés urbaines.

Comme le fait remarquer Malek Boutih, à cause de la politique libérale de Hollande, on envoie des élus à la « boucherie électorale », ou comme le relève Mme Lieneman, on ne peut « remobiliser … l’électorat de gauche… ». Ou,  comme le pointe si bien le groupe des 100, « Chacun pense à sa circonscription, menacée par l’impopularité du président. »

Les décisions et orientations politiques doivent donc être soumises aux objectifs de réélection du personnel politique déjà en place, ou plutôt au respect des programmes électoraux largement exposés lors des campagnes électorales ? Les retombées économiques, sociales, existentielles des décisions libérales du gouvernement Hollande n’ont donc pour eux comme unique conséquence que de mettre en péril leur avenir politique ?

L’année 2017 revient en boucle dans les commentaires de nos élus. La politique que Hollande pratique met en danger une possible réélection d’un candidat PS s’il décrédibilise le parti. C’est donc bien la perte du pouvoir qui est à la source de leur colère, et non pas les conditions dans lesquelles les mauvaises décisions économiques ou politiques plongent la foule des Français qui vivent avec les salaires les plus bas, voire les aides ou minimas sociaux. A croire que l’objectif d’un mandat présidentiel est prioritairement de préparer le suivant en préservant les chances de réélection du même camp.

Comme le dit M. Baumel  » Jospin avait eu des résultats en matière d’emploi, mais cela ne l’a pas empêché d’être éliminé au premier tour. » Ou comme le prédit Eduardo Rihan Cypel qui craint que les « socialistes (qui) redoutent un nouveau 21 avril en 2017. ». Bartolone lui, au vu des résultats des européennes, tire la conclusion qu’il faut placer « le ticket de qualification pour le deuxième tour de l’élection présidentielle de 2017 (est) à 22%. »

Objectif ? 2017 ? Ce qui éclaire explicitement les ressorts de gouvernance qui animent les possibles candidats et l’exécutif actuel.

Quand aux parlementaires, coincés entre leur réélection posée sur le fil du rasoir par le fait de la politique anti-sociale du gouvernement, ou d’une dissolution du parlement rendue inévitable dans le cas d’un vote global de la majorité contre des propositions de lois avec lesquelles ils ne sont pas en accord, la fronde se négocie à l’aune des indemnités parlementaires qu’ils perdraient, assortie de l’indemnité de représentation et des multiples avantages attachés à la fonction. Le courage politique et idéologique tient quand même à peu de chose. Mais ce qu’ils craignent le plus du fait de la direction libérale prise par Hollande, c’est la future perte de leur fauteuil parlementaire aux élections législatives.

Idéologie, devoir et convictions politiques ….

C’est donc à un travail d’équilibrisme intellectuel entre la conscience politique, l’intérête carrieriste personnel, le respect de son engagement politique, la responsabilité en tant qu’élu qui a un devoir devant le peuple, bref, la mise en balance de l’intérêt supérieur de la nation et du peuple avec sa carrière, auquel doivent se livrer nos élus lors des prises de décisions à l’assemblée nationale.

La compromission acrobatique commence avec l’aveu de Cambadélis qui déclare que « La politique menée par Manuel Valls est une politique de gauche. », mais d’autres comme Frédéric Sawicki pensent   »que les élus battus ont des raisons de penser que c’est la politique du gouvernement qui les a fait perdre. Ils pourraient être beaucoup moins disciplinés à l’avenir. »

Représentation : théâtre ou représentativité ?

Finalement, à l’écoute des réactions des élus ébranlés par les résultats des dernières élections, on réalise qu’il n’est jamais question de remise en cause fondamentale de l’orientation politique marxiste-socialiste, c’est à dire l’essence même du sens de leur engagement politique. Les échecs électoraux n’évoquent chez eux que la perte de sièges, de réseaux et de pouvoir. Leur vision de l’avenir politique n’est pas jalonné d’objectifs idéologiques à atteindre, mais de dates butoir pour les futures échéances électorales, et donc l’état d’esprit dans lequel le panel des électeurs pourra se trouver pour qu’ils glissent dans l’urne le bulletin qui fera leur bonheur.

S’il existe un seul représentant du parti socialiste qui a tenu un jour un discours digne de l’humanisme socialiste, c’est bien Gérard Filoche. Ancien dirigeant de la LCR, ancien inspecteur du travail, qui, bien qu’appartenant au PS, tient un discours assez révolutionnaire, en faveur d’une société anticapitaliste, qui défend la justice fiscale, et refuse la pauvreté d’une partie du peuple …. un oiseau chez les poissons.

Les hommes politiques parlent politique lors des campagnes électorales, puis ils parlent calendrier électoral, tendances, sondages, et tentent de réajuster avec des mesurettes les écarts sondagiers qui les perturbent dans leurs projections.
La planète dans laquelle ils vivent, le palais de l’Elysée, le Parlement, Le Sénat, autant de Palais vestiges de l’ère monarchique, où les ors de la République ressemblent plus aux cérémonies Versaillaises royales, dans un luxe et un faste protocolaire qui n’a plus rien à voir avec la démocratie.