Accueil REFLEXION Les brigands et les marchands : une nouvelle fable moderne …

Les brigands et les marchands : une nouvelle fable moderne …

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Le déferlement médiatique, sur tous types de supports (papier, télévisé ou internet), des réactions à la mort d’un braqueur de petit commerce, ou des actes d’auto-défense de commerçants ou habitants cambriolés, montre à quel point la philosophie du « buzz » a pris le pas sur l’analyse construite des faits de société.
Il n’est question que de « pour » ou « contre », de soutiens ou de condamnations, de justifications en faveur de l’un ou de l’autre des acteurs de ce triste évènement.
Mais il suffirait de prendre du recul ou de distanciation et de considérer les faits comme étant des marqueurs explicites de notre société pour jeter un regard plus analytique et moins émotionnel sur ce genre de faits divers.

La philosophie ultra-libérale qui s’est développée et installée dans le monde économique, a aussi insidieusement pris place dans tous les secteurs de la société. Des jeux télévisés aux systèmes de gestion humaine, des études et concours aux services publics, il n’est question qu’individualisme, compétition, rentabilité, où tous les coups sont permis pour vaincre, avoir ou dominer.
Ce modèle sociétal où posséder argent et pouvoir à tout prix qui crée alors des groupes humains qui se retrouvent en conflit, et où la collaboration, solidarité et partage passent à la trappe, engendre des situations de crises sociales, humaines et structurelles. Le corollaire de ce modèle réside dans la mise en place d’un système répressif qui protège la réussite des uns au détriment des autres.
Dans ce contexte, où l’on retrouve des possédants et des dépossédés, se dessinent des lignes de fractures violentes.

Car la dépossession des uns se fait à l’avantage des autres ; Par l’exploitation de leur valeur travail considérée trop souvent comme variable d’ajustement à l’augmentation des profits, et soumise alors à des luttes sociales, des délocalisations ou des fraudes fiscales massives ; Par l’explosion du chômage que l’on justifie par les profits ou le coût excessif du travail, argument fallacieux quand on compare les chiffres européens et la qualité de la productivité des travailleurs français.
Cette classe de dépossédés se voit pourtant sollicitée pour une maxi-consommation, par la publicité qui s’étale à longueur de kilomètres carrés sur tous les médias possibles, en leur reniant leur valeur de citoyens car sous-consommateurs, et leur retirant par là même toute estime de soi et leur infligeant un statut de sous-citoyen.

Cette classe d’exclus, de toutes origines ethniques, géographique ou religieuses, s’est vue reléguée ainsi dans des zones géographiques marquées par le sceau de diverses infamies, ghettos, zones de non droit, où se reproduisent de génération en génération les mêmes échecs, les mêmes rejets, les mêmes abandons culturels et sociaux.
Exclus du monde du travail, exclus de la consommation, sans perspectives d’avenir, avec comme seul modèle les déchéances économiques et sociales de leurs pairs et de leurs parents, pourquoi accepteraient-ils les règles de droit que leur impose une société de laquelle ils sont exclus ?
Et de l’autre côté de la barrière, les possédants imposent toujours plus de lois sécuritaires, plus de répression, pour défendre ce qu’ils extorquent par l’exploitation à cette classe sociale oubliée par le système.

A ceux qui dénoncent la violence de ces « parias », que dire de la violence des délocalisations boursières qui brisent des vies, brisent des familles, brisent des régions, poussent des travailleurs au suicide ? Que dire de la violence de l’abandon du volet social et de solidarité d’une société qui préfère confier ces secteurs aux entreprises financières privées, celles là même qui asphyxient l’économie par le prix de l’argent, par la « dette » illégitime, par les fraudes fiscales aux montants pharaoniques et l’optimisation fiscale soutenue par des lois en leur faveur ? Et que dire de la violence de l’exemple de la justice qui étouffe ou protège les malversations ou crimes commis par lesgrands patrons, les grandes fortunes, les grands commis de l’Etat, ou les membres de la caste des possédants ?

La société qu’ils ont élaborée crée de l’injustice, de la rancoeur, de la colère, et donc au final de la violence. En Grèce, en Espagne, au Portugal, dans les pays arabes déjà le peuple s’est réveillé un instant. Nos oubliés sont dans le même camp, celui des spoliés, des exploités, des exclus.

Il n’est donc pas question de juger, de condamner, de justifier, d’approuver l’un ou l’autre des acteurs de ce fait divers. Il est juste question de comprendre comment cela a pu se produire, pourquoi cela s’est maintes fois produit, et pourquoi cela se reproduira encore, et peut être plus souvent et plus violemment.

Qu’en est-il de Liberté-Fraternité-Egalité ? Pourquoi n’avons nous pas érigé une société basée sur la collaboration, le partage ou la solidarité ? Comment adhérer à une Nation qui fabrique toujours plus de pauvres alors que la fortune des plus riches ne cesse de progresser ? Pourquoi ne pas comprendre que la colère et la violence qui se banalise sont des indicateurs de l’urgence à remettre en cause de notre système de valeurs ; valeurs humaines, mais aussi sociales, culturelles, économiques et écologiques.

Le pire est à venir …

Source :
Aticle de Albidochon

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