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La fausse abondance (OFFERT !)

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Article OFFERT issu du
N°22 – Dérives monarchiques et privilégiés de la République

Cet ogre supermarché, il est là, puissant, impressionnant, rempli d’abondance, signe d’une richesse apparente, il gère tout pour nous alors que nous pensons tout contrôler. Il est exactement comme le capitalisme, rempli d’injustice, vidé de toute humanité mais avec un verni d’abondance, complété d’une bonne dose de résignation. Il ne veut pas que nous soyons des hommes, nous devons être ses clients.

Le supermarché c’est le symbole éclatant de l’évolution de nos sociétés et notre condition d’être humain. Il est accepté sans aucune sorte de réflexion car il a représenté un réel progrès. Nous ne voulons pas revenir à l’époque des courses quotidiennes où il fallait presque trouver une boutique pour un type d’aliment. Ici tout est plus simple, à portée de main, à moindre coût, c’est plus rapide, plus efficace, etc. Tout comme l’on peut facilement croire que le capitalisme est un bon système du fait qu’il crée beaucoup de richesse, et que l’on ne veut pas revenir en arrière, à l’époque de la maladie, des famines, de la privation. Pourtant la révolution anticapitaliste n’est pas réactionnaire, de par la dialectique historique elle utilisera les bienfaits apportés par le capitalisme pour les distribuer au peuple et non aux seuls maîtres du système. Car il suffit de gratter un peu le verni doré pour vite se rendre compte des horreurs que cache le système, tout comme le supermarché.

Prenons la première raison qui nous pousse à aller dans les supermarchés, la nourriture. Celle la même qui est produite sur notre sol – parlons ici en tant que citoyen du monde – par les agriculteurs, éleveurs, paysans de toute sorte. A cause de la puissance de la grande distribution, ces nobles travailleurs de la terre, qui sont à la source de la vie, sont réduits à la misère la plus grande. Un travail des plus pénibles, en extérieur, sans compter ses heures, sans presque de congés devrait au moins apporter de bonnes conditions de vie. Mais non ! La voracité des vermines capitalistes conduit aujourd’hui tous ces travailleurs à suer eau et sang pour gagner de moins en moins, voir vendre à perte, par ce qu’ils sont face à un adversaire trop puissant qui impose ses prix. Et de fait ce secteur est vital pour les capitalistes. Qui contrôle la distribution de nourriture contrôle la vie, la demande dans ce secteur est inélastique et éternelle, autrement dit c’est la garantie de plus-values exceptionnelles ! Exemple concret : le trust de la grande distribution achète les denrées alimentaires à des prix très bas en jouant sur sa puissance oligopolistique, et les revend à un prix excessivement supérieur au prix d’achat, à des gens qui auront toujours besoin de manger. Le dogme libéral de la concurrence pour faire baisser les prix n’existe pas dans ce secteur, comme il  n’existe pas dans aucun autre secteur d’ailleurs.

La logique s’est même diffusée à toutes les sphères de l’économie, faire trimer les travailleurs pour profiter au plus de leur productivité, les payer le moins possible, vendre aussi cher que l’on peut, et garder la différence. Aberration finale c’est même celui dont la pénibilité au travail est la plus grande, qui fait les tâches les plus dures, les moins enrichissantes psychologiquement, les tâches dites « les plus simples », qui touche le moins d’argent. Les cadres et les patrons touchent les plus gros salaires, reçoivent le plus de mérite social alors qu’ils réalisent les tâches les plus avantageuses. On me dira qu’ils sont nécessaires, certes. Mais comment le directeur de supermarché assure-t-il un service à ses clients si les paysans n’ont pas travaillé avant, et si les caissières ne font pas leur travail ? Tous sont nécessaires, aucun ne sont supérieurs. Les inégalités immenses entre les fonctions ne sont pas acceptables, entre la caissière et le directeur, tout le monde préfère la condition de travail du directeur car elle est beaucoup plus facile. Pourtant la caissière touche un salaire de misère, se tue au travail, et le directeur vie très tranquillement.

Parlons de l’homme maintenant, de ce qu’il est, ou plutôt de ce qu’il n’est plus, car pour le supermarché et le capitalisme en général, nous ne devons plus être « premièrement homme » comme le rêvait Rousseau, mais premièrement acheteur. Un homme a la capacité de réflexion, l’esprit critique alors que l’acheteur suit docilement le chemin qu’on trace devant lui. Dans un supermarché il ne pensera pas aux conséquences de ses achats, d’une consommation hors saison, de produit venant de l’exploitation humaine. Si ce n’est pas cher il achète. S’il voit une superbe réduction, s’il a des bons d’achats il suit bêtement (à noter que l’étymologie colle parfaitement) la voie que montrent les firmes capitalistes pour écouler leurs stocks. Tout comme dans le système, nous suivons tout en pensant diriger. Cela vient surement de la corrélation que nous imaginons facilement entre capitalisme et démocratie, en ce sens que ce système économique serait celui de la liberté et de l’égalité. Dans le supermarché nous sommes libres de consommer ce que nous voulons, tous égaux car il n’y a pas de produit réservés à certains et pas à d’autres. En tout cas il semblerait, excepté un petit détail : le portefeuille. Le riche peut tout acheter, le pauvre est considérablement limité. Pire encore, celui qui n’a pas d’argent n’a pas le droit de vivre. Pour le capitaliste pas d’égalité devant la vie, elle est réservée à ceux qui ont de l’argent. Et rien ne fera plier cette logique, le pauvre aura beau supplier la caissière de le laisser partir sans payer, il n’aura rien. A moins qu’elle désobéisse, qu’elle refuse la logique du système, que par un acte révolutionnaire elle donne la priorité à l’humain par rapport au profit du supermarché. Mais si c’est le cas elle sera surement renvoyée rapidement. Tel est l’impitoyable logique capitaliste et c’est en cela que la révolution serait la très simple action de permettre à tout le monde de manger à sa faim, le droit de vivre pour tous. Alors parfois les malheureux qui n’ont pas encore ce droit cherchent à récupérer les ordures de ces temples du gaspillage, pour simplement survivre, et parfois on laisse faire. Mais c’est un acte clairement anticapitaliste, car celui qui fait les poubelles du magasin aujourd’hui, ne viendra pas y faire ses courses demain. C’est de la gratuité, autrement dit un acte immonde pour tout bon capitaliste qui se respecte.

Nous voila arrivés chers camarades au point de non retour, c’est le pire de l’être humain qui s’expose dans ces scènes bien réelles de la vie quotidienne. Le système est devenu trop immonde pour faire des hommes, il convient seulement de faire des clients. La dernière évolution du capitalisme vers la finance, le libéralisme et la ploutocratie ne laisse plus le choix, le système est allé trop loin dans sa logique pour revenir en arrière. En changeant la logique du système, en le tournant de l’argent vers l’humain, nous créerons de fait une révolution. Que ce soit par la violence ou par les mots, par les armes ou par les urnes, ce mot de révolution ne doit plus faire peur, ce ne sera pas le lieu de l’oppression comme il a pu l’être dans le passé, mais celui de notre salut.

 Article paru dans Actualutte n°22 - Abonnez vous dès 1€ l’année 

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