Accueil POLITIQUE Honneur à ceux qui transmettent la mémoire de nos luttes

Honneur à ceux qui transmettent la mémoire de nos luttes

Jean  Luc Einaudi est  mort le 22 mars 2014, jour d’une  manifestation  internationale  antiraciste et antifasciste menée par les  associations  de travailleurs  sans papiers. On ne peut que déplorer la  perte de cet  homme, mais c’est  un beau jour pour mourir. Son dernier  souffle a été  accompagné par les  tambours des cortèges maliens et  maghrébins et les  slogans des  organisations antifascistes. Les  mégaphones faisaient  entendre la voix  des sans-voix. Cette voix que Jean-Luc Einaudi a tant contribué à faire entendre.

Dans les années 70, Jean-Luc Einaudi est un jeune  militant du Parti communiste marxiste-léniniste de France (PCMLF) et rédacteur  bénévole pour « l’humanité  rouge ». Puis il devient éducateur au sein  de la PJJ. Comme pour beaucoup de militant.e.s à l’époque, en effet, travailler auprès de la jeunesse  pauvre ou délinquante est une prolongation de l’engagement politique. Il s’agit de se confronter à une réalité sociale, de combattre d’autres formes d’injustice.

Au fil de son parcours militant, Jean-Luc Einaudi va rencontrer les grands acteurs de la décolonisation algérienne, des membres du FLN, des français comme Georges Mattei ou le faussaire Adolfo Kaminsky, qui ont consacré leur vie au combat pour la liberté des peuples opprimés. De ces discussions naîtra la conviction qu’il faut raconter pour se faire entendre. Qu’il faut donner matière à la mémoire de la répression et de l’injustice coloniale.

Sa première contribution à la grande histoire sera la mise en lumière de la terrible répression commise par la police française, alors aux ordres du collaborateur Papon, le 17 octobre 1961, journée au cours de laquelle plusieurs centaines d’Algériens furent tués à Paris alors  qu’ils manifestaient contre un couvre-feu. Son livre « La bataille de Paris » paru en 1991 raconte par le détail un moment d’histoire volontairement oublié. Il fera date, seul un roman policier « meurtre pour mémoire » de Didier Daeninck, abordait à l’époque ouvertement le sujet.

Par  la suite, il écrira des ouvrages biographiques sur la vie de militants anticolonialistes. « Un Algérien » sur Maurice Laban, « Franc-Tireur »,  sur Georges Mattéi. Autant de vies épiques au service de la justice sociale qui seraient, sans lui, tombées dans l’oubli. Il écrira encore un livre sur la guerre d’Indochine « Viet-Nam » et « les silences de la police », avec Maurice Rajsfus, sur la rafle du Vel d’hiv, le 17 octobre 61.

Un éducateur, un militant qui devient historien, dont la ténacité et le travail de recherche dans les archives permettent d’honorer nos luttes et de témoigner des trahisons et des injustices. Cela donne de  l’espoir, chacun(e) d’entre nous en est capable, il faut raconter l’histoire de nos luttes, cette histoire qui est la nôtre car personne ne le fera à notre place.

Merci à Jean-Luc Einaudi et tous ceux qui racontent aujourd’hui et à jamais.

Source : http://quartierslibres.wordpress.com/2014/03/24/jean-luc-einaudi-honneur-a-ceux-qui-transmettent-la-memoire-de-nos-luttes/
Photo : huffpost.com

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