Accueil DEMAGOCRATIE Homme politique : Une certaine vision de la mission d’Etat

Homme politique : Une certaine vision de la mission d’Etat

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Quand on entend le discours des politiques, de droite comme de gauche, on sentirait presque nous couler des larmes de bonheur devant tant de don de soi, d’investissement au nom du bien de la nation et du projet collectif. C’est pour le peuple, pour un avenir meilleur de la société que ces hommes et ces femmes passent tant d’heures à trimer comme des esclaves pour améliorer notre quotidien et nous créer les conditions d’un avenir radieux.

Cela au prix d’un oubli de soi, d’un abandon de tout projet personnel, de la dissolution de son destin dans celui de la nation. Les arcanes du pouvoir, c’est bien connu, ne profitent qu’à la Nation, à l’État, et l’individu, qu’il soit député, sénateur, ministre ou conseiller général, n’a ni plus ni moins d’avantages à exercer son mandat qu’un citoyen lambda… C’est du moins ce qu’ils voudraient nous faire penser.

Hors, depuis longtemps déjà, sans faire trop de vagues pourtant, sont dénoncés les abus incessants, les délits d’initiés, les passe-droit, les détournements de moyens publics en tous genres. Avec en plus la crise financière, née aux États-Unis d’un système ultra-libéral dérégulé qui a gangréné tous les systèmes bancaires du monde, il devient plus difficile aux hommes politique de continuer à se gaver aux frais du contribuable quand dans un même temps on demande à ce dernier de renoncer jusqu’à même ses acquis sociaux fondamentaux -gagnés de haute lutte dans la rue parfois dans le sang (comme en 1936, par exemple).

Faisons donc un petit tour d’horizon de ces nantis politiques professionnels, voire de dynasties politiques (Delors, Debrè, et consorts) et pour voir de quelle manière l’argent public passe du statut d’outil collectif à celui de bien de confort privé, pour ceux là même qui nous demandent sans rougir de « faire des efforts, d’accepter la rigueur pour sortir la France de la crise ».

Alain Joyandet : Faux en écritures, passe-droit et copinage.
Il est devenu secrétaire d’État à la Coopération et à la Francophonie en mars 2008, remplaçant Jean-Marie Bockel. Fin mars 2010 afin de se rendre en Martinique suivre une réunion qui rassemblait les collectivités territoriales engagées pour la reconstruction d’Haïti, il a loué un jet privé à hauteur de 116.500 euros. Il ne voulait pas d’un vol régulier, arguant que les horaires ne lui convenaient pas. Plusieurs compagnies aériennes ont été sollicitées par le ministère des Affaires étrangères. L’une d’entre elles avait proposé un aller-retour pour 107.000 euros, sur un Falcon 900EX. Mais il voulait voler sur le même avion que Nicolas Sarkozy, un Falcon 7X, une gamme au dessus, et coûtant donc plus cher (116.500 euros). Il fut loué à la compagnie portugaise Masterjet (n° de vol LMJ 322). Parti de l’aéroport du Bourget le 22 mars à 18h56, Alain Joyandet a quitté Fort-de-France dans la nuit du lendemain pour revenir à Paris le 24 au petit matin et ainsi participer au premier conseil des ministres. Argent de l’État…

Il avait présenté une demande de permis de construire afin de gagner 46 m2 sur une habitation à un étage de 185 m2. Il comptait atteindre une superficie totale habitable de 231 m2. Mais (selon le Canard Enchainé du 15 juin 2010), la surface de base du mas avait été surévaluée. Le mas ne couvrait que 105 m2, cependant, en y ajoutant un étage fictif et en comptant le garage comme pièce d’habitation, il montait bien à 185m². Mais selon les règles de construction à Grimaud, les 105m² limitaient la superficie finale à 157,5 m2. Sur ces fausses déclarations, le permis de construire fut quand même octroyé le 22 avril 2009, sans même le faire passer en commission d’ urbanisme , où siègent les élus.
De plus le Canard publie une note du Directeur de l’urbanisme de Grimaud :
«Il apparaît que la construction actuelle n’est pas conforme à ce que nous a déclaré le cabinet DUA (Architecte de Joyandet). Il n’existe aucun 2e niveau. La surface hors œuvre nette existante qui nous a été déclarée est donc fausse. Je vous propose de procéder au retrait de cette autorisation pour les motifs exposés»… Jamais suivie d’effet
Cherchez l’erreur : Alain Joyandet a acquis en 2008 cette propriété de 12.000 m2 sur la commune de Grimaud près de Saint-Tropez, dont le maire Alain Benedetto est, comme lui, membre de l’UMP, et pour agrandir le vieux mas provençal qui s’y trouve, il a fait appel à Michel Bourcy, architecte incontournable de la municipalité, également membre de l’UMP locale.
Cerise sur le gâteau : Joyandet avait fait adopter 4 mois auparavant le nouveau plan local d’urbanisme de Grimaud. Ce texte rappelle que, dans le secteur habité par le secrétaire d’État aucune propriété ne peut être agrandie au delà de 50% et que toute construction supérieure à 180 m² y est formellement interdite. Pourtant Joyandet peut s’autoriser, lui, avec 213 m².

Christian Blanc : un rideau de fumée aux frais du contribuable
Le secrétaire d’État fume le cigare aux frais de l’État. Et pas du cigare de PMU de place du village, mais du gros, de l’épais : du Havane. Pour 12000 Euros en dix mois. Dans sa mauvaise défense qui se résume à un déni systématique selon la désormais célèbre « méthode Woerth », il argue qu’il n’est pas le seul, que ces cigares sont « collectifs », qu’ils servent à être offerts aux visiteurs, qu’il n’était pas au courant du montant des dépenses en cigares. Il propose même que des sanctions soient prises contre son ancien chef de cabinet, Guillaume Jublot, qui serait en fait l’instigateur de cette manipulation. Mais, se sentant innocent, il a quand même remboursé 3500 €, on se demande bien pourquoi… Bref que du bonheur.
En juin 2010, sur des informations du Canard Enchainé, on apprend que les inspecteurs du fisc tiquent sur l’exactitude de ses déclarations fiscales, concernant ses revenus 2008 et sur son ISF des années 2004 à 2009. Ils mettent en doute aussi la valeur déclarée par M et Mme Blanc pour leurs biens immobiliers et cherchent à comprendre pourquoi ils n’ont jamais déclaré à l’ISF les actions de la société « International Decision », de 2005 à 2009. Le Canard Enchainé affirme également que les impôts s’intéressent au portefeuille boursier de Christian Blanc et les avoirs détenus sur l’ensemble de ses comptes financiers. L’hebdomadaire note que les inspecteurs du fisc ont remarqué une étonnante réévaluation à la hausse de la participation de l’épouse de M. Blanc dans une société familiale (laboratoires Arion), depuis la nomination de son mari au gouvernement, en mars 2008. Il écrit aussi que, selon le fisc, les bénéfices du cabinet médical de Mme Blanc sont plutôt positivement fluctuant au fil des ans. Évasion fiscale ? Fausse déclaration ? Délit d’initié ? Collusion ? Passe-droit ? Clientélisme ? Ou un peu de tout à la fois ?!

Fadela Amara : l’esprit de famille
En Juin 2010, Fadela Amara, ex-présidente de « ni putes ni soumises », secrétaire d’État à la Ville, disposait d’un appartement de fonction de 120 m² situé place Fontenoy, dans le VIIème arrondissement de Paris. Mais elle n’y logeait pas, par désir de «défendre la mixité sociale». Elle préférait résider dans l’appartement qu’elle occupait depuis plusieurs années dans le XIIIème, un deux pièces de 50 m², propriété de la Régie immobilière de la Ville de Paris, qu’elle payait chaque mois 700 euros, charges comprises. Mais grande âme et partageuse, elle a prêté à sa famille, ses frères, des chambres de cet appartement du XIIIème, pour les héberger sur des périodes plus ou moins longues. Ces heureux bénéficiaires ont eu le droit de profiter des plats des cuisines mises à la disposition de la sous-ministre et même d’un maître d’hôtel. D’ailleurs, pour le weekend, en l’absence du personnel de cuisine, les frères demandaient de prévoir des plateaux-repas préparés à l’avance. « Ils sont très exigeants sur ce qu’ils mangent », déclarait en plus un fonctionnaire des cuisines. Et on dit tous en coeur : »Merci les contribuables !! ».

Christine Boutin : les salaires du Silence électoral
Début juin 2010, on apprenait grâce au Canard enchaîné que Christine Boutin percevait 9 500 euros mensuels depuis avril pour une mission sur la mondialisation que lui avait confiée l’Élysée, suite à des menaces plus ou moins voilées de sa part de se présenter aux présidentielles de 2012… Mais le problème n’est pas ici un problème de pantouflage flagrant aux frais du contribuable, mais d’abus de cumul de salaire. Voyons plutôt…
Le Canard Enchaîné s’est procuré un document du ministère du travail, daté du 28 avril, qui explique que Mme Boutin est « chargée de mission » depuis le 1er avril, avec une « rémunération mensuelle » de 9 500 euros net, voiture avec chauffeur, bureaux dans le XIVème et un secrétaire particulier.
Mais Mme Boutin touche également sa retraite de député (de 1986 à 2007) d’environ 6000€ mensuel, et son indemnité de conseillère générale des Yvelines de 2605€. Ce qui nous fait la coquette somme de 18100€, à la louche. Le silence électoral est d’or, et cela se voit…
Madame Boutin a fini par renoncer à ces 9500€, tout en menant à bien cette mission, histoire de calmer l’indignation collective.

Rachida Dati : double vitrage pour simple loyer
L’ex-garde des sceaux, ancienne ministre, députée européenne et maire du VIIème arrondissement depuis mars 2008, a reçu le 6 Avril 2010 une lettre recommandée de mise en demeure de payer la somme de 2400 €, correspondant au loyer impayé de son duplex dans le VIIème arrondissement de 113m², qui lui coûte, pour 5 pièces, 3 000 euros de loyer et 3 000 euros de charges. Il faut dire qu’avec ses petits salaires, les fins de mois semblent être difficile…Une parlementaire européenne qui touche à ce titre, 7000€ par mois, plus 7000€ d’indemnités supplémentaires comme maire d’arrondissement
Finalement, elle n’a pas du payer ses charges, mais ses doubles vitrages, objets du litige. Sauf que les charges, payées par la caisse des dépôts qui appartient donc à l’État, se retrouvent à charge des contribuables !!!

Georges Tron : Appartement de fonction fonctionnel et bon marché.
Propriété de la société anonyme d’HLM Domaxis, un appartement de six pièces, rue Mademoiselle dans le XVe arrondissement de Paris, a été attribué le 30 septembre 1992 sur le contingent de logement sociaux de la mairie de Paris, dirigé à l’époque par Jacques Chirac à Monsieur Tron. Cet appartement HLM de 118 mètres carrés payés 1 200 euros par mois, est un appartement ILN (immeuble à loyer normal), mais on lui reproche de profiter d’un prix de location hors norme, le prix courant dans cet arrondissement étant de 28,50 euros le m2, soit 3 363 euros de location hors charges pour un appartement de cette taille. Il s’était déjà vu reprocher par des élus locaux en décembre 2007 d’habiter ce logement (article du Canard enchaîné début 2008). Le gouvernement faisait alors face à un scandale immobilier visant Jean-Paul Bolufer (dircab de la ministre du logement Christine Boutin) finalement contraint à la démission. M Tron touchait alors un salaire de 8000€ en tant que député maire de Daveil, en plus de son salaire d’avocat d’affaire et de 11000 euros en tant que futur secrétaire d’État. Ce qui explique la polémique sur le prix relativement très bas de cet appartement en regard des moyens financiers du locataire.

Roselyne Bachelot : la même chance pour tous, comme dit nicolas sarkozy
Pierre Bachelot, quarante et un ans, un diplômé d’une « école d’art privée » de Paris. Excellent sur un CV pour chercher du travail, et donc voici le parcours de ce diplômé :
Assistant Parlementaire de la députée Roselyne Bachelot, pendant huit ans, de 1992 à 2002, attaché parlementaire au cabinet de la ministre de l’Écologie (de mai à juin 2002) Roselyne Bachelot, conseiller parlementaire de juin 2002 à mars 2004, une fonction qu’il occupait également au cabinet de la ministre de la Santé Roselyne Bachelot depuis juin 2007. En Mai 2010, il est nommé à la direction générale de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé, INPES qui est « un établissement public administratif créé par la loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé, sous la tutelle de Roselyne Bachelot. L’Institut est un acteur de santé publique plus particulièrement chargé de mettre en œuvre les politiques de prévention et d’éducation pour la santé dans le cadre plus général des orientations de la politique de santé publique fixées par le gouvernement… », et qui tourne sur un budget annuel de 114 M€. Indemnités de plus de 50 000€ hors primes et frais imposé par maman bien que nous soyons dans une période de rigueur budgétaire.
Cerise sur le gâteau, en 2008 et 2009, Pierre Bachelot a été épinglé (Canard Enchainé, le Parisien) car il occupait un appartement de la ville de Paris de 80 m2, dans le XVème arrondissement, pour un loyer de 800 € mensuel. Il y est toujours…

Cet article devient trop long, et il me reste encore matière à développer. Donc, nous dirons, la suite au prochain numéro. Et n’oubliez pas, pour éviter le népotisme, éradiquer la corruption, les collusions diverses, les trafics d’influence, les pressions diverses, il suffit juste de ne pas renvoyer ces gens là au pouvoir ; c’est si simple.