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Charlie et la misanthropie

Après le choc de ce drame humain et la sidération de l’impensable, ayons d’abord une pensée chaleureuse de soutien aux familles et aux proches de toutes les victimes de cette tragédie.

Au-delà, tentons aussi de comprendre comment on peut en arriver là : cumuler tant de haine, mortelle, aveugle, destructrice. A rester le nez collé sur l’horreur de cet assassinat collectif d’un groupe de journalistes, on risque d’en oublier les causes profondes et de faire la part des choses. Comprenons-nous bien, il n’est pas question ici de chercher à justifier, mais juste à prendre du recul, de la distance, à ne pas se coller le nez dans le guidon médiatique sur ce carnage innommable qui déclenche déjà une vague de réactions – ici, empathiques et, ailleurs, haineuses mais en tous cas hystériques.

On ne pouvait se préparer en s’imaginant, hier encore, qu’on serait face à un aussi monstrueux carnage que rien, aucun dessin, aucun écrit, aucune parole, aucune conviction ne pourra jamais justifier. Mais on doit aussi essayer de réagir sans plonger tête première dans ce grand bain d’hommages qui rassemble autant de sincères anonymes que d’hypocrisie médiatisée.

Qui a été visé et pourquoi ?

Vouloir « répondre » à de l’encre par des balles est la marque d’un fascisme qui n’a ni couleur, ni nation, ni confession particulières. C’est là un crime ignoble et injustifiable commis par des jeunes en dérive fascisante et fanatisée, avec pour « prétexte » dérisoire la ligne éditoriale d’un hebdomadaire, qui d’ailleurs n’était plus partagée par la plupart des militants de « gauche » depuis le départ du regretté Cavanna et la reprise en main très orientée de Val (qui vira Siné sans motif réel) puis de Charb (qui continua sur cette lancée très critiquée). Notre tristesse, notre colère ne doivent pas en occulter la critique raisonnée.

Leur mépris répété et un peu obsessionnel de l’islam a pu sembler trop récurrent, tout comme leur irritant amalgame chronique mettant tous les musulmans dans le même panier, tous les arabes dans le sac des musulmans, et le tout emballé dans l’intégrisme quasi systématiquement. Disons-le sans détour même si cela ne légitimait évidemment en rien l’attentat : le chemin pris par Charlie, celui-là même qui normalise l’islamophobie généralisée et fraye avec une certaine confusion, ce voyage au pays des clichés faciles et souvent sans aucun recul, cette caravane de provocations stériles empêchant tout débat constructif… ne pouvait être vraiment considéré ni comme du « courage », ni comme un usage totalement défendable de la liberté d’expression – qui s’use AUSSI quand on la dessert. Cette façon inconsidérée d’amalgamer l’ensemble d’une frange sociale -minoritaire et discriminée- à sa supposée confession et à des problèmes géopolitiques lointains ne pouvait (et ne peut désormais) que contribuer à la division, à l’incompréhension, au ressentiment, à sa banalisation, bref à une lepénisation orchestrée par des élites réactionnaires dont Charlie se veut pourtant un adversaire !

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On ne peut donc qu’espérer que le journal survive en remettant en question cette désorientation acharnée pour continuer vers une critique plus mûre et plus consciente de ses effets, plus incluante et moins amalgamante qu’auparavant, aussi féroce avec les fascismes intégristes de toutes origines que tendre avec les coreligionnaires innocents. Charlie avait longtemps été, n’était plus mais pourrait redevenir l’espace libertaire d’un recul pertinent et impertinent d’avec tous les cultes, un esquif laïc dans le maelström dogmatique, capable d’ironiser intelligemment sur les hierarchies sans blesser le simple quidam. Une telle (r)évolution, un tel dépassement que suggére peut être la dernière couv signée Luz, ne serait-il pas le plus bel hommage à rendre aux victimes ? Ceci, afin que leur mort n’alimente pas davantage leur ennemi mortel : l’insidieuse haine !

Car les vautours tournoient déjà

Pour ajouter au pire, dès le lendemain ce sont les pyromanes qui se font passer pour des pompiers ! Oui, à n’en pas douter, cet attentat meurtrier est avant tout un acte politique servant l’extrême droite française, voire à minima européenne : déjà les actes racistes ont commencé dans toute la France et ça n’est peut être que le début. Pour ne citer que lui, le FN se frotte déjà les mains d’une date aussi sombre pour la presse indépendante du pays dont il ne restait déjà que peau de chagrin. L’incendie ainsi allumé va électoralement lui profiter à coup sûr, tandis que l’âcre lumière rend visible nombre d’incohérences relayées par des médias dont le rôle d’amplificateur calamiteux n’est pas non plus à taire.

Par ailleurs, le gouvernement croit donc pouvoir en expliquer, après coup, son virage droitier, son sécuritarisme discriminant, sa politique antipopulaire, bref son orientation tout aussi antisocialiste que celle de son prédécesseur. Ce dernier en profite, lui, pour montrer sa trombine et faire oublier ses frasques juridico-mafieuses en exigeant d’éviter tout amalgame dont il a pourtant été le principal promoteur avant et pendant son propre mandat. Du côté des ruines d’une gauche qui affirme militer pour un changement de système, s’élève cet appel pressant à faire « union sacrée » avec la république et ses institutions policières.

Tout ce monde politique cherche donc à tirer son épingle démagogique du tas de fumier de cette tragédie, en ajoutant la récupération pathétique à la réelle tristesse. Et sur le web, il faut se retenir très fort de vomir entre 2 minorités bruyantes : ceux qui voudraient justifier la « punition divine » et ceux qui croient vérifier l’équation « islam = terreur ». Monstruosité banale et obscurantisme généralisé : voilà donc la récolte de ce drame – pour qui veut se baisser et en ramasser à la pelle.

recuperation

Alors à voir se lamenter les « hommes publics », politiques, intellectuels, simili experts en tout et rien qui se bousculent devant les micros et caméras en pleurant sur ces « grands artistes » disparus dont ils se contrefichaient hier encore, le coeur se soulève de dégoût et de colère. De par le monde (USA boursicoteuse, Russie poutinienne, Allemagne austéritaire, divers pays liberticides, etc) s’élèvent les voix de ceux qui ont miné le terrain depuis des décennies, qui ont mis le feu aux poudres, et qui se lamentent de voir que leurs tonneaux explosent sporadiquement. Dimanche ils étaient tous là (Merkel, Cameron, Renzi, Rajoy, Lavrov, Netanyahu, Orban, etc) en première ligne d’une grande mobilisation citoyenne pour s’afficher et récupérer l’une des tristes conséquences de leurs irresponsabilités répétées !

Comment en est-on arrivé là ? Nous souvenons-nous encore du train en Espagne, du métro à Paris, des tours jumelles, du bar/pub de Bali, des attentats suicides en Israël ou dans des marchés à travers le monde et même jusqu’aux zones touristiques les plus fréquentées ? Alors il faut prendre du recul, beaucoup de recul. Il faut revenir des dizaines, voire des centaines d’années en arrière. Et, peut être, voir ces évènements sous d’autres angles que ceux dictés par l’affect, la proximité ou l’immédiateté aveuglantes des médias – qui nous somment en boucle de nous identifier sans réserve ni mémoire.

Pillage géopolitique organisé

En ce qui concerne le moyen Orient, les États Unis et l’Europe ont préparé le terrain pour ce qui se déroule actuellement, et ce de manière particulièrement efficace … lors de la chute de l’Empire Ottoman à l’issue de la première guerre mondiale par les Accords Sykes-Picot (1916) et le traité de Sèvres (1920) par lesquels les pays occidentaux colonialistes ont créé les états du Moyen-Orient, grosso modo tels que nous les connaissons aujourd’hui. Dès cette époque, les empires coloniaux européens ont attisé les rivalités entre castes musulmanes (sunnites, chiites, etc) pour s’accaparer la manne pétrolière.

Rappelons-nous : quand les pays « riches » du nord ont commencé à considérer les pays pauvres du sud comme tirelires gratuites en ressources naturelles et humaines, ils y ont laissé les peuples exsangues. Et pour spolier plus facilement ces richesses tout en anéantissant les ressources traditionnelles, ils y ont posté des hommes de paille aux manettes. Notre Françafrique, peut-on l’oublier ? Et l’Inde et l’Asie coloniales ? Ou l’Amérique du Sud depuis les conquistadors jusqu’aux dictatures du XXème siècle ? Et bien d’autres régions … dont les États Unis, l’Angleterre, la Belgique, la France, le Portugal, l’Espagne, le Royaume-Uni ou la Hollande ont pris possession, exploitant des biens et des personnes sans partage, sans retour autre que la corruption d’une oligarchie locale. Et toutes ces entreprises, outre qu’elles vivaient de ces richesses sans contrepartie, ont laissé ces pays exploités dans la plus extrême pauvreté, sociale, médicale, culturelle, sanitaire et humaine.

demographie

Plus proches dans le temps, la mise en place de Saddam Hussein pour contrer l’Iran, puis le débarquement du Shah d’Iran avec l’aide de la France par le biais de l’ayatollah Khomeini protégé par la France ont enfoncé le clou : tentatives de s’approprier des ressources pétrolières et gazières des pays du Golfe par des manoeuvres politico-financières qui ont finalement faillis, et gestion catastrophique du conflit judéo-Palestinien, avec mainmise sur le Liban au grand dam de la Syrie… et les mêmes erreurs ont été répétées en Afghanistan en armant les factions talibanes contre les Russes, pour le gaz ou le pétrole, en marchandant avec le Pakistan, et faisant ainsi une bombe extrêmiste à retardement de cette région aride, où seuls les intérêts des grandes puissances occidentales étaient prises en compte, avec la destruction des ressources locales systématiquement utilisées pour des questions de profits rapides et efficaces.

« Socialisme » islamique à plusieurs facettes

D’où que, par une réaction radicale assez compréhensible, les populations locales se sont tournées vers les seuls qui semblaient leur porter attention : les musulmans des associations caritatives (croissant rouge) … ainsi que d’autres (Iran, Palestine, Pakistan et pays du Golfe en tête) avec des objectifs bien moins désintéressés comme les « Frères » dits « musulmans » ou d’autres courants islamiques voisins, par le biais des aides sociales, éucatives ou médicales.

Conséquemment, c’est bien souvent des groupes religieux, et pour certains pays, d’obédience musulmane, qui ont pris le relais du social et de l’éducatif en place et lieu de l’Etat. Et ceci s’est opéré souvent au titre d’un islam fanatisé en réaction agressive et symétrique d’avec les exactions spoliatrices des colonisateurs ; d’où une radicalisation des arguments et des actes contre ces « mécréants » qui venaient dépecer les ressources matérielles et culturelles des pays qu’ils phagocytaient.

Comment, dès lors, éviter qu’une frange sectaire ne se mette à inventer une lecture orientée des symboles faisant autorité afin de « légitimer » à l’avance leur réponse terrorisante aux exactions occidentales ? Là commence le cycle : recrutement, fanatisation, endoctrinement, entraînement, équipement et intervention, le tout par des ramifications complexes permettant de découpler les finances (souvent saoudiennes ou qataries) et les groupes d’actions dissiminés un peu partout (Afghanistan, Yémen, etc).

Une jeunesse laissée sans projet

Parrallèlement, chez nous comme ailleurs, combien de jeunes de la dite « diversité » sont sciemment maintenus dans le sentiment de ne pas vraiment être chez eux – bien qu’ils possèdent leur carte d’identité et cherchent à s’installer dans la vie comme chacun(e) d’entre nous ? Et combien ne sentent même pas de racines extérieures quand ils retournent voir leurs « proches » ailleurs qu’en France, dans les pays du Maghreb, d’Afrique, du Proche ou Moyen Orient puisqu’ils sont vus comme étrangers là bas aussi ?

terrorisme

Mis hors-course dès leur scolarité, par une école qui a pour effet pervers de servir de sélection progressive pour ne faire émerger que les enfants des classes « supérieures », évincés des postes pourtant les moins rémunérés du fait de leur scolarité courte et souvent chaotique, refoulés des centre villes, contrôlés au faciès et parqués dans des zones dortoirs déshumanisées en voie de liquéfaction structurelle et sociale, éjectés des locations immobilières et des emplois à l’évocation de leurs patronymes trop exotiques, obligés de passer par des cv anonymes sans photographies pour n’espérer qu’un entretien d’embauche … toute cette frange de la population française est laissée comme « apatride », sans avenir, sans projet, sans communauté d’identité, de valeur, de reconnaissance humaine. Ils sont donc la cible idéale pour l’endoctrinement.

Alors certains d’entre eux, avec le style de vie qu’on leur a quasiment imposé dans leurs « zones de non-droit », se sont recréé une culture alternative et sont parfois tentés de rejoindre une économie parallèle mafieuse (bien que minuscule en proportion du PIB, rappelons-le) pour survivre et, éventuellement, se fournir en arme comme dans les tristes cas récents (Kouachi, Merah). Et en ce qui concerne le côté idéologique et spirituel, ils se sont parfois tournés, soit par les traditions familiales, soit par capillarité de groupe, soit plus fréquemment par des passages initiatiques en prison (où les imams pacifiants sont vus comme des traîtres par certains détenus !), vers ce qui pourrait donner un sens à la vie et à la mort, comme leur créer un destin : une version de l’islam qui n’a plus rien de religieux, tout comme le pseudo-catholicisme d’un Breivik.

Pourquoi des islams et des intégrismes ?

Car dans toutes les religions, et l’Histoire française d’avant l’acte légal de laïcité en témoigne de façon éloquente, les intégrismes sont les pustules qui gangrènent les pratiques sereines des religions. Même si l’on est athée ou agnostique, il faut le reconnaître. Mais alors où peut mener le désespoir existentiel de cette frange de musulmans, même fraîchement convertis, qui cohabitent depuis si longtemps avec la colère, la déception, ce sentiment d’abandon, de ne pas être pris en compte jusqu’à finir rejetés, exclus ?

Surtout qu’ils sont trop souvent manipulés et menés, par le biais des réseaux sociaux, de certains rabatteurs dans les mosquées, voire certains « imams » informels, dans les filets fanatisants de ceux qui vont leur présenter la lutte mortelle contre les « mécréants » comme un « juste » retour des choses, comme la réparation d’une injustice culturellement construite par la société dans son ensemble. Ils sont ainsi lâchement envoyés en sacrifice pour venger leurs « frères » exterminés par des colonialistes qui oeuvrent depuis trop longtemps à détruire leur pays mais aussi leur religion : celle-là même qui leur a donné une identité, une valeur humaine, une reconnaissance, un projet, l’appartenance à un groupe, une famille réelle – ou artificielle.

Persuadés que la nouvelle interprétation qui leur est donnée est légitime même si elle est opposée au sens initial des textes, ils rendent, comme ici, les coups, précisément là où ils se sont cru touchés : à la source de la satire d’un culte qui leur a offert tout ce dont on a parlé plus haut. Bien sûr, ils se trompent d’ennemi mais que leur importe puisque ceux par qui la critique de leurs actes arrive font précisément partie de la « caste » désignée comme adverse (blancs, européens, cultivés, journalistes). Ils pensent avoir reproduit ce qui a été fait aux tours jumelles, symboles des finances qui ruinent, corrompent et polluent leurs pays « d’adoption spirituelle ». Ou même à Londres, siège de la City où se joue, par écran interposé, la richesse ou la ruine de tant de paysans ou mineurs misérables qui cultivent ou exploitent leurs propres ressources pour les pays riches.

blague

In extenso, cette instrumentalisation takfiriste n’a pas plus de limite que la haine qui l’anime ou que celle qui l’alimente : elle frappe aussi les touristes comme en Egypte quand plus rien d’autre n’est possible, voire même des musulmans considérés comme des traîtres car trop modérés pour eux – tel que l’EI (Etat Islamique) le fait de nos jours en Syrie.

Et nous autres, dans tout ça ?

N’oublions pas nos fringues d’Inde, de Chine, nos téléphones portables d’extême-orient, nos poissons et nos fleurs du Nil, nos crevettes de Thaïlande, nos ordinateurs, nos tablettes numériques, nos télévisions, notre nourriture, notre pétrole, notre gaz : combien avons nous tués (certes indirectement) de gosses, d’hommes et de femmes, combien avons-nous engendré d’empoisonnement, de fatigue, de faim, de pauvreté, de désespoir ? Décennie après décennie, par notre vote et notre travail au service des puissances, nous remettons au pouvoir les mêmes qui pérennisent le système permettant tout cela, l’aggravant même, par la destruction du climat, des ressources naturelles. Sans jamais avoir pris la décision de nous lever et de nous battre pour que cela change. Contrairement aux mineurs morts en 36 pour changer un peu les choses, nous sommes restés passifs à regarder le capitalisme, les rentiers, les banques et les politiques poser les bases inéluctables de ce qui nous arrive aujourd’hui.

Certes, nous n’avons pas tiré sur les 12 personnes qui se sont fait abattre ce 7 janvier 2015. Mais nous n’avons pas tout fait pour que cela n’arrive pas.
Leur colère est plus forte que notre passivité.
Leur haine est plus forte que notre peur.
Leur détermination est plus forte que notre confort.
Leur folie est plus forte que notre humanisme.
Leur endoctriment est plus fort que nos molles convictions.
Leur inconscience est plus forte que notre raison.

Notre consumérisme passif et moutonnier nous a conduit là où nous sommes : des spectateurs héberlués de voir où nous ont menés ceux qui dirigent, avec notre aval silencieux, le monde qu’ils façonnent pour leurs profits personnels. Ces élites, elles, ne subissent pas ces dommages collatéraux : trop bien à l’abri dans leurs forteresses dorées. Mais les millions de morts qu’elles ont suscités par leurs actions délétères sur les hommes, les biens et l’environnement ne peuvent qu’engendrer une réaction au niveau de leur cynisme et de leur mépris pour leur semblables. Même si elles n’en sont pas la cible ou les victimes directes.

Rien ne peut justifier ce type d’assassinat. Mais réaffirmons que cela reste aussi vrai dans les locaux d’un journal satirique à Paris, dans les ruines d’une maison à Alep, dans un hôpital de fortune à Gaza, ou dans un immeuble instable du Rana Plaza au Bengladesh … et ce ne sont pas les exemples qui manquent. N’ayons pas l’indignation sélective, l’horreur unilatérale de proximité !

utopie

Ces actions, sous toutes les formes qu’elles peuvent prendre, où qu’elles se déroulent, quelles que soient les personnes atteintes, devraient nous toucher de la même façon. Et ce n’est pas le cas, alors que nous avons toutes les sources d’informations à disposition depuis l’avènement d’internet ; pourtant nous nous laissons volontiers désinformer autant par le système dominant que par ses prétendus « rebelles » complotistes et fascisants …

Liberté d’expression, « union », manipulation

Voilà où l’on en est. On est tous en deuil, c’est un fait … Choqués de se dire qu’aujourd’hui on peut mourir de dessiner. Sonnés d’apprendre la mort d’une équipe et d’un journal. Ce même journal qui croulait sous les menaces de mort, ce journal qui devait faire face tous les autres jours à des difficultés financières. Il est triste de voir sa cote de popularité grimper à nouveau suite à une tragédie quand il n’y a pas si longtemps les kiosquiers cachaient ce journal satirique sous peine de menaces. Nous assistons à la ronde des experts et autres politiciens aux petits soins, mais ils étaient où quand cette presse en avait tout autant besoin ?

Nous vivons actuellement un climat de récession entretenu par un pouvoir au service du capitalisme qui laisse de plus en plus de gens dans le désarroi. Conjointement, les charognards se saisissent de la détresse des personnes en précarité. Dans ce climat, nul besoin d’avoir fait un « stage » en Syrie, en Irak ou autre part en extrêmistan. Quelques jeunes sans horizon et suffisamment remontés ayant trouvé leurs armes sur les marchés underground ont pu mener à bien leur « djihad personnel » … en conclusion, la responsabilité de cette tuerie incombe aussi à la lâcheté politique conjointe avec la corruption des milieux financiers qui font s’accroitre les inégalités de manière de plus en plus honteuse.

Cet attentat devrait bien plus nous faire réfléchir aux solutions à mettre en oeuvre pour sortir de cette ambiance morbide, plutot que de foncer lâchement, en bons serviteurs du capitalisme, sur de fausses pistes désignées encore une fois par ceux qui nous gouvernent. Il serait bon de s’interroger sur ce cri de révolte relativement unanime au nom de la liberté, sous-entendue la liberté d’expression, encore elle. Celle-là même qui nous faisait réagir à l’inverse il n’y a pas si longtemps car il était entendu qu’on ne pouvait pas tout dire ni tout faire vu les propos et les actes des quenellistes (dont le gourou vient encore de déraper outrageusement).

Mais alors y aurait-il deux poids, deux mesures ? Ou dit autrement : est-ce qu’un dessin islamophobe a moins de portée que des sketchs antisémites ? Cette question de fond posée, une chose reste sûre : qu’importe ce que l’on peut dire ou faire, on ne devrait pas être tué pour ses opinions. La liberté d’expression peut avoir des limites de bon sens mais sûrement pas dans la peine de mort. Dans un compromis civilisé on devrait, à la rigueur, poursuivre les incitations xénophobes tout comme les détournements de fonds, d’où qu’elles proviennent – y compris d’un « fanzine » satirique, d’un pseudo-humoriste fascisant, d’un polémiste médiatisé ou d’un écrivain à la dérive.

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Et le changement, c’est pour quand ?

Maintenant, combien de temps durera cet élan de solidarité qui nous étreint dans le deuil ? Cela permettra-t-il de s’interroger plus profondément, d’aller de l’avant, de ressortir plus clairvoyants, d’oublier toutes les rancœurs, les impasses, les vieilles querelles ? De celles qui ont permis un score honorable au point de parler de « percée du FN » aux dernières élections. Combien de temps avant que le masque de l’hypocrisie capitaliste ne tombe ? Avant que nous puissions nous regarder en face et nous confronter au fait que nous ne pouvons être juges et parties, juges et victimes ? Avant que nous puissions répondre de nos actes et accepter notre part de responsabilité ? Bref, ce drame mènera-t-il au changement, ou le système en place va-t-il encore l’utiliser avec succès contre nous, par exemple sous forme de lois liberticides d’ores et déjà demandées à droite et promise par le gouvernement … ?

Sources :

http://www.article11.info/?Charlie-Hebdo-pas-raciste-Si-vous
http://quartierslibres.wordpress.com/2015/01/07/ca-faisait-longtemps-que-charlie-hebdo-ne-faisait-plus-rire-aujourdhui-il-fait-pleurer/
http://paris-luttes.info/deferlante-raciste-et-islamophobe-2397

Photos :

Nâwâk, Dutreix, A. Papadatos, Cambon / Urtikan, Azo, Chapatte, F. Dupré la Tour

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