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Mort d’un géant de la BD

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Jean Giraud a été dès ses débuts attiré vers deux pôles opposés : la BD traditionnelle qui l’a bercé, et la BD tirant vers l’imaginaire et le fantastique. Il s’est donc crée un second nom pour différencier les deux.

Très vite les signatures Giraud et Moebius ont ainsi coexisté dans les magazines : c’est en 1963, alors qu’il débutait la série « Blueberry » dans « Pilote », que Jean Giraud prenait le pseudonyme de Moebius dans les pages du mensuel « Hara-kiri ». Il y signait de courts récits à l’humour noir jouant sur le fantastique et la poésie.

Il faut attendre 1973 pour voir rentrer Moebius dans « Pilote » avec le récit complet « la Déviation » puis « l’Homme est-il bon ? ». Mais c’est dans « l’Echo des savanes » (fondé par Gotlib) qu’il explosait avec « John Watercolor » et surtout « Cauchemar blanc » en 1974 et 1975.

Cette même année il devenait avec Druillet et Dionnet l’un des fondateurs de « Métal Hurlant » sous le label des Humanoïdes associés (les célèbres Humanos). Il y publiait « Arzach », créait le personnage du Major Fatal et signait de nombreux récits courts, avec dans l’esprit de faire du cinéma (sa source d’inspiration majeure) sur papier.

Sur des scénarios de Jodorowsky -son éternel compère-, il dessine alors « l’Incal » à partir de 1980, album qui débute la saga de John Difool. On lui doit aussi « Sur l’étoile », « Une croisière Citroën » en 1983, le scénario de « Cristal Majeur », album de la série « Altor », pour son assistant Marc Bati en 1985, et beaucoup d’autres créations plus inaperçues.

Il partait ensuite de manière plus permanente aux USA, où il réeditera d’anciennes créations comme « Alef Thau », « Légendes d’aujourd’hui », « Phil Perfect » ou « Yann, le migrateur ». On dit même qu’il aurait participé au scénario du cultissime « Akira » (de Katsuhiro Otomo) en soufflant quelques idées à son auteur… Le mystère reste entier, comme souvent chez Giraud/Moebius, qu’on disait à l’époque travailler sur une nouvelle histoire avec le maître japonais. Il avait déjà participé avec lui à un artbook sur Batman (ainsi que Frank Miller).

Il a ensuite résidé quelques années à Los Angeles où il créait la société Starwatcher pour diffuser ses oeuvres anciennes et nouvelles aux États-Unis, dont la saga de Difool dans sa quête vers l’Incal. En 1988 il animait la célèbre série « Le Surfer d’Argent » pour la Marvel. Certains de ses travaux portent donc la signature d’un troisième pseudonyme, Jean Gir, à mi-chemin entre le réalisme de Giraud et le mysticisme très zen de Moebius.

Il réalisait ensuite un court-métrage en animation virtuelle, mais celui-ci resta inachevé et ne sera jamais diffusé (seulement présenté au festival Imagina). Car, même s’il n’a jamais pu s’accomplir comme réalisateur, Moebius était un fou de cinéma : il a participé comme décorateur à plusieurs films dont « Alien » (de Ridley Scott), « Tron » (des Studios Disney), « Willow » (Ron Howard), « Abyss » (James Cameron), « Le 5e élément » (Luc Besson) et « Les Maîtres du temps » (film d’animation d’anticipation dans la veine de « Métal Hurlant » et consor) qui restent chacuns des références dans leurs genres.

Co-fondateur de la maison d’édition Aedena, il dirigeait également une production et sa galerie portant son pseudonyme aux côtés de son épouse. On avait pu y apercevoir ses oeuvres, tout comme lors de grandes expositions -notamment avec Myazaki en 2005 ou sur une retrospective personnelle en 2010-, en France mais aussi dans toute l’Europe et même en Asie (Séoul, Kyoto …).

Il a quitté Paris pour un ultime voyage ce samedi 10 mars 2012 par suites d’une longue maladie, tandis qu’un hommage sans réserve lui est légitimement rendu.