Ukraine en peine

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    L’Ukraine est à feu et à sang, divisée en 2 zones « franches » et diverses tendance dont 4 au moins dans l’opposition (on y revient plus bas) qui désavoue une administration Ianoukovitch clairement tournée vers Poutine. Face à cela l’UE semble pressée d’attendre et le pouvoir russe, empêtré en pleine campagne de com’ avec ses J.O. de Sotchi, intervient en sous-main tout en se tenant prêt à lâcher le gouvernement en place s’il ne maintenait pas l’ordre – et donc les accords politiques passés contre financement soviétique dont 2 milliards ont déjà été versés sur 11 promis par tranches.

    D’ailleurs personne ne s’y trompe : les rapaces de la finance mondiale font déjà grimper les taux sur 10 ans jusqu’à des sommets, aidés par des agences de notation qui ont opportunément dégradé l’Ukraine (triple C ou pire). Le message est clair : comme déjà vu ailleurs, toute révolte populaire est sanctionnée par la finance qui n’apprécie guère l’instabilité résultante. Le peuple est sommé de choisir son camp et d’en revenir à la normale coûte que coûte, « back to business » en quelque sorte. Le sang n’est pas encore sec que déjà les dollars se placent, les positions se prennent, chacun pariant sur l’issue de ce bras de fer inégal et encore incertain …

    Pour forcer le choix autant que pour fixer les opinions internationales, on caricature ici et là le débat qui a lieu dans la société ukrainienne sur ce fond d’insurrection proche d’une guerre civile qui mobilise l’attention médiatique : notamment à Kiev autour de la désormais célèbre place Maïdan où les opposants tiennent des barricades enflammées, mais aussi dans d’autres villes de l’ouest du pays où de nombreux batiments institutionnels sont occupés. La situation est binarisée comme affrontement spectaculaire de 2 tendances : l’est et son gouvernement pro-russe (voire stalinien), contre une opposition nationaliste (voire nazie) pro-européenne. Cela peut d’ailleurs sonner contradictoire tant nous sommes habitués à notre propre extrême droite eurosceptique !

    Mais il y a par ailleurs d’autres nuances à apporter sur ce tableau simpliste. D’abord, si le camp des opposants contient bien des nationalistes (Svoboda) et même des néo-nazis (Pravy Sektor), cette tendance est loin d’être une majorité : elle est considérée comme représentant environ 30% des manifestants voire peut être un peu plus lors des actions de quasi guérilla face à une police représsive qui a fait déraper la situation en tirant à balles réelles. Hors cela on y trouve surtout des personnes lassées de l’influence russe, constituant l’essentiel de cette opposition construite autour du boxeur populiste V. Klitschko et de l’ancienne ministre I. Timochenko emprisonnée pour des raisons avant tout politiques par le pouvoir en place.

    Ensuite, ce gouvernement actuel est loin d’avoir la légitimité dont il se targue dans ses déclarations : déstitué pour tricherie massive en 2004 suite à une première révolution (orange), il a du laisser son rival V. Iouchtchenko mettre en place tant bien que mal une politique pro-européenne et parlementariste sur fond de crise économique, de dissensions internes et d’accusations de russophobie. Si cette période a quelque peu déçu les citoyens ukrainiens, ça n’est rien par rapport à la désillusion connue depuis l’arrivée aux affaires de l’administration actuelle qui a produit dès 2010 un retour en arrière à bien des égards (législatif, censure, corruption, etc).

    Les choses sont donc bien plus complexes qu’au premier regard, ne serait-ce qu’en considérant la décennie passée et les forces en présence. Ajoutons que si un danger majeur guette les révolté(e)s d’Ukraine aujourd’hui, c’est davantage celui constitué par la caste affairiste qui, l’orage une fois passé, saura s’accomoder oligarchiquement de n’importe quelle influence qu’elle soit russe, européenne ou entre les 2 et de n’importe quelle gouvernance qu’elle soit démocratique, stalinienne ou nationaliste voire nazie. Souhaitons au peuple d’Ukraine de tirer son épingle de ce jeu explosif …

    Sources :
    http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_orange
    http://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20140221trib000816514/au-lendemain-d-un-jeudi-sanglant-l-ukraine-degradee-par-standard-poor-s.html
    http://www.timothyeastman.com/uncategorized/an-interview-with-mira-andrei-and-sascha-of-antifascist-action-ukraine/
    http://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/ukraine-qui-est-qui-dans-l-opposition_1307109.html
    http://www.solidaire.org/index.php?id=1340&tx_ttnews[tt_news]=37923&cHash=fcf2a737b1d44c9f0145a0cde62db118
    http://www.bastamag.net/L-UKRAINE-FAIT-SA-REVOLUTION