Accueil ACTUALITE « Je veux que nous gagnions, j’ai dix-neuf ans bientôt, je suis encore...

« Je veux que nous gagnions, j’ai dix-neuf ans bientôt, je suis encore pleine de forces, et je veux faire la fête avec vous. »

1133

Elbéra nous écrit un coup de gueule qui vient du coeur. Partageons et à demain dans la rue pour l’égalité !!

source  : https://www.facebook.com/notes/elb%C3%A9ra-volta/lettre-ouverte-aux-manifestants-en-faveur-du-mariage-pour-tous/10151653151149008

« Bonjour à tous.

J’aimerais faire la fête avec vous, après la manifestation de dimanche, ou après la « victoire ». J’aimerais faire la fête avec vous, parce que je suis fatiguée. Très fatiguée.

 

Et que j’ai honte, aussi. C’est très curieux, j’ai toujours cultivé un sentiment a-national, refusant de tirer fierté de quoi que ce soit qui appartienne à ce pays où j’ai eu le hasard de naître, au profit d’une vision plus globale de l’humain. Il semblait donc logique que je n’aie pas à me sentir affectée d’une manière particulière par ce qui se passe strictement à l’intérieur de nos frontières, et pourtant… Et pourtant, j’ai honte de la France, de manière cuisante.

Egalité des droits

J’ai tardé à m’engager pour la « cause homosexuelle », non pas parce que je la considérais comme futile, mais parce que j’ai cru qu’une fois passés sous un gouvernement, si ce n’est économiquement, du moins culturellement de gauche (quoique la nomination de Valls à l’intérieur m’ait sérieusement ébranlée même sur ce point), elle était déjà gagnée. J’ai cru sincèrement, naïvement, que ce ne serait qu’une formalité.

Alors que l’Intérieur poursuit avec zèle la politique sarkozyste, que le chômage grimpe ainsi que  les prix des logements, qu’un Parti Socialiste corrompu adopte la devise thatcherienne  « il n’y a pas d’alternative » pour mieux faire passer une politique libérale d’austérité aussi absurde que néfaste ; alors que l’actualité politique, économique, écologique m’apparaît en tant que femme de gauche  majoritairement comme une succession de sottises, de crimes et de désastres, il était pour moi normal d’investir mon énergie ailleurs que sur cette question.

 

J’ai violemment pris conscience d’une chose, quand le GUD est sorti du placard pour s’illustrer en tabassant les Femen en plein jour, en plein Paris, et qu’il s’est trouvé tant de gens pour les défendre ; quand j’ai eu connaissance des quantités d’immondices déversées sur les médias publics par des « personnalités influentes » à des heures de large audience ; quand j’ai vu la complaisance avec laquelle étaient abordés les arguments écœurants  des chefs de file de la  « Manif pour Tous ». J’ai compris que la situation était encore pire que ce que je croyais : même cette mesure de justice élémentaire, qui  ne trouble aucun intérêt puissant et que je voyais venir avec bienveillance comme un « toujours ça de gagné », même cela ne s’imposait pas de manière naturelle.

Jusque-là, dans mon engagement, je tâchais de rester positive, de comprendre qu’il soit malaisé pour beaucoup de s’intéresser à de peu séduisantes questions économiques sur lesquelles les idées reçues étaient si fortes ; je cherchais à comprendre comment tant de gens avaient pu se laisser berner par le front national ; je cherchais, j’agissais en conséquence simplement,  bref, j’analysais les raisons du peu de succès des causes qui me tiennent à cœur et je ne perdais pas courage.

 

J’ai soudain été saisie à la vue d’un pays arriéré, nauséabond, répugnant. Quelque chose s’est fait entendre, comme un « Si même cela nécessite tant de combats, alors… »

Je suis donc venue manifester deux fois, amère d’en arriver là.

 

Mais après tout. Après tout, j’ai vu que certains de mes amis seront présents dimanche, qui n’ont pas pour habitude de s’engager ; je me dis que ceux de mon âge, qui n’ont jamais connu de lutte victorieuse pourront y prendre le goût de se battre pour une cause juste ; qu’ils pourront peut-être comprendre la nécessité de faire peser son poids, son tout petit poids d’un soixante-millionième de France d’un côté de la balance quand il le faut. Après tout, c’est un plaisir de manifester avec vous, parce que vous êtes chaleureux et drôles et que ça vous rend beaux. Après tout, tant pis si cette France est vieille et malsaine parce que moi, je veux que nous gagnions, j’ai dix-neuf ans bientôt, je suis encore pleine de forces, et je veux faire la fête avec  vous.

 

Avec toute mon amitié,

Elbéra V.  »

 

source  : https://www.facebook.com/notes/elb%C3%A9ra-volta/lettre-ouverte-aux-manifestants-en-faveur-du-mariage-pour-tous/10151653151149008