Manipulation, propagande et sondages

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    Comment faire dire aux sondages ce qu’on aurait voulu qu’ils disent, et qu’ils ne disent pas ….Tout est question de présentation, de choix des mots, et de mensonges par omission.

    Prenons le cas du sondage Elab commenté par les Echos du 8 juin 2018 : « 40% des Français jugent le niveau des aides sociales trop élevées. »

    Déjà, on aurait pu présenter le sondage en disant  : « Une majorité des Français (60%) ne jugeraient pas (ou ne se prononceraient pas) que le niveau des aides sociales soit trop élevé ». Ce qui reflète exactement le même résultat, mais vu de l’autre bout de la lorgnette.

    Le problème s’éclaircit encore plus, niveau propagande des tenants du « trop d’aide sociale », quand on lit la suite. 25% des sondés trouvent qu’il y a trop d’allocations familiales (75% ne le trouveraient pas forcément), 22% pensent qu’il y a trop de logements sociaux en France (88% donc ne le penseraient éventuellement pas). 15% pensent que la pauvreté n’est pas endémique (85% penseraient donc qu’elle pourrait l’être). Moins de 10% pensent que la vieillesse, la santé et les retraites sont bien gérées par le gouvernement ….Donc 90% ne penseraient pas qu’elles soient parfaitement bien gérées.

    Alors d’où viennent ces 40% invisibles dans le détail du sondage ? Le sentiment général est que « les autres » sont trop soutenus, mais nous mêmes pas assez, sur une question globale, d’ordre général. Mais quand le sondage entre dans le détail, quand le problème nous touche, du coup, les sondés se sentent concernés par certains points, l’indignation décroît, et les chiffres du mécontentement progressent.

    C’est encore une expression de l’individualisme, insuflé à coup de propagande idéologique sur l’assistanat. Mais les sondeurs et journalistes devraient se pencher sur les réalités factuelles des chiffres pour INFORMER et non servir des arguments fallacieux aux défenseurs du « trop d’aides sociales », car au vu de ce sondage, la manipulation se voit comme un éléphant dans un couloir de métro.

    Source : Canard Enchaîné du 13/06